DZD · Algérie

Le dinar algérien

Des bronzes numides au dinar de 1964, les monnaies racontent des territoires et des souverainetés.

Des bronzes numides au dinar de 1964 et aux billets contemporains : histoire illustrée des monnaies de l’Algérie.

AntiquitéBronzes numides
Moyen ÂgeDinars et dirhams
1964Création du dinar
2022Support hybride

Avant le dinar, les monnaies des royaumes antiques

Une tête royale, un cheval, quelques lettres puniques : les bronzes de Numidie rendent tangible une histoire bien antérieure au dinar. Dans l’Afrique du Nord de l’Antiquité, les comptoirs du littoral, les royaumes de l’intérieur et les puissances méditerranéennes participent à des réseaux d’échanges qui dépassent largement les frontières de l’Algérie actuelle. Il serait anachronique de donner à tous ces objets le nom de « monnaie algérienne » au sens national contemporain.

Au temps de Massinissa, qui règne sur la Numidie unifiée de 202 à 148 avant notre ère, puis de ses successeurs, le monnayage royal affirme une autorité. Les portraits et les chevaux sont des motifs caractéristiques. Mais les petites légendes et l’absence de date rendent parfois l’attribution délicate : les catalogues peuvent retenir « Massinissa ou Micipsa » plutôt qu’un nom assuré. Une ressemblance de portrait ne suffit pas à trancher.

Bronze numide présenté au musée archéologique du Finale à Finalborgo, attribué à Massinissa par la notice photographique. Le portrait royal appartient à un monnayage dont certaines émissions restent difficiles à attribuer précisément.
Bronze numide présenté au musée archéologique du Finale à Finalborgo, attribué à Massinissa par la notice photographique. Le portrait royal appartient à un monnayage dont certaines émissions restent difficiles à attribuer précisément.Capricornis crispus · CC BY-SA 4.0 · Source et droits

Dans le monde romain, les espèces impériales accompagnent l’impôt, la solde et les échanges. Les royaumes de Numidie et de Maurétanie ne recouvrent pas des États modernes : la Maurétanie antique ne doit notamment pas être confondue avec l’actuelle Mauritanie. Cette profondeur historique importe pour comprendre pourquoi les émissions contemporaines peuvent convoquer un cheval, un roi ou un monument antique sans rétablir une ancienne unité monétaire.

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L’or, l’argent et l’écriture : les monnaies médiévales

Avec l’installation des pouvoirs musulmans au Maghreb, les monnaies s’inscrivent dans d’autres traditions politiques et religieuses. Le dinar d’or et le dirham d’argent deviennent des références majeures, sans former pour autant un système uniforme à travers tous les siècles et toutes les régions. Le poids, l’aloi, l’atelier et l’autorité émettrice déterminent la manière dont une pièce est appréciée.

L’écriture prend une place centrale. Une monnaie peut donner un nom de souverain, une profession de foi, une date ou un lieu de frappe. Ces inscriptions remplissent une fonction que le portrait remplit ailleurs : elles rendent visible le pouvoir qui garantit la pièce. Les émissions almohades montrent aussi combien les formes géométriques et l’organisation du texte constituent un langage politique, et pas seulement un décor.

Monnaies zianides exposées au musée des Arts islamiques d’Alger. L’écriture structure le champ monétaire : les inscriptions comptent autant que le métal pour identifier une autorité.
Monnaies zianides exposées au musée des Arts islamiques d’Alger. L’écriture structure le champ monétaire : les inscriptions comptent autant que le métal pour identifier une autorité.Riad Salih · CC BY 4.0 · Source et droits

À Tlemcen, les souverains zianides font frapper des monnaies au sein d’un espace relié aux autres villes du Maghreb et aux circulations transsahariennes. Les pièces d’or exposées à Alger témoignent de cette activité. Il faut distinguer le nom d’une dynastie, le lieu où un objet est conservé et son atelier véritable : la présence d’une pièce dans un musée algérois ne prouve pas qu’elle a été frappée à Alger.

La monnaie médiévale se lit donc à plusieurs échelles. Elle est un objet de métal, une inscription transportable et un instrument des échanges. Lorsque le nom de dinar revient en 1964, il renoue avec un patrimoine linguistique et culturel régional, non avec le poids d’une pièce médiévale déterminée.

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La régence d’Alger : frapper monnaie dans un monde maritime

À l’époque ottomane, Alger possède son atelier monétaire, le Dâr al-Sikka. Les monnaies locales prennent place dans une circulation où se rencontrent aussi des espèces venues d’autres rives de la Méditerranée. Le boudjou d’argent — souvent écrit budju dans les catalogues anglophones — est l’un des témoins les plus reconnaissables de cette histoire.

Boudjou d’argent au nom de Mahmud II, daté 1239 de l’hégire, soit 1823–1824. Cette face porte notamment le nom d’Alger et le millésime. Le catalogue commercial arrondit la date à 1824.
Boudjou d’argent au nom de Mahmud II, daté 1239 de l’hégire, soit 1823–1824. Cette face porte notamment le nom d’Alger et le millésime. Le catalogue commercial arrondit la date à 1824.Autorité émettrice : régence d’Alger ; scan : Bielik-coins · Public domain · Source et droits
Autre face du même type de boudjou : titulature ottomane, bordure et ornements végétaux. Une pièce peut associer un atelier local à la reconnaissance d’un souverain impérial.
Autre face du même type de boudjou : titulature ottomane, bordure et ornements végétaux. Une pièce peut associer un atelier local à la reconnaissance d’un souverain impérial.Autorité émettrice : régence d’Alger ; scan : Bielik-coins · Public domain · Source et droits

Les deux faces du boudjou illustré associent des légendes arabes, une date hégirienne et l’affirmation d’une autorité ottomane. La mention du sultan ne suffit cependant pas à transformer toutes les frappes de l’empire en une monnaie unique et interchangeable. Pour connaître une pièce, il faut encore identifier son atelier, sa valeur et ses caractéristiques métalliques.

Le millésime 1239 H mérite une précaution. L’année hégirienne, lunaire, ne commence pas avec l’année grégorienne et peut en chevaucher deux. Le raccourci commercial « 1824 » est commode, mais « 1239 H / 1823–1824 » rend mieux compte du document. Convertir mécaniquement tous les millésimes en une seule année peut donner une précision trompeuse.

Matrice de frappe d’Alger, période ottomane. L’inscription en creux rappelle que la monnaie commence par un travail d’outillage, avant de devenir un objet d’échange.
Matrice de frappe d’Alger, période ottomane. L’inscription en creux rappelle que la monnaie commence par un travail d’outillage, avant de devenir un objet d’échange.Riad Salih · CC BY-SA 4.0 · Source et droits

La matrice conservée rappelle un autre aspect du récit : avant d’être une réserve de valeur, une pièce exige un outil gravé, du métal préparé et une opération de frappe. Les différences entre exemplaires ne relèvent pas toutes de l’usure. L’outillage, le centrage et la force de frappe peuvent laisser leur signature sur l’objet. Observer le bord et les lettres révèle ainsi une histoire du travail autant qu’une histoire du pouvoir.

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Abd el-Kader : une monnaie pour administrer et résister

Le débarquement français de 1830 et la prise d’Alger ouvrent une longue période de conquête. L’ancien ordre monétaire ne disparaît pas partout en un instant. Dans les territoires qu’il organise, l’émir Abd el-Kader construit une administration et une armée ; battre monnaie participe de cet effort. Le Mucem présente cette activité parmi les institutions d’un pouvoir qui se constitue face à la conquête française.

La monnaie permet de relier des actes très concrets : percevoir des ressources, rémunérer des hommes, acheter des fournitures et faire reconnaître une autorité. Elle n’est donc pas seulement un emblème. Son efficacité dépend de l’organisation capable de l’émettre et de la confiance de ceux qui l’acceptent. Les frappes associées à Tagdemt, capitale de l’émir, donnent une dimension matérielle à cette construction politique.

Boudjou d’Abd el-Kader, face répertoriée comme avers, millésime 1256 H (1840–1841), catalogue Numista. L’objet témoigne d’un pouvoir qui organise aussi la fiscalité et les paiements.
Boudjou d’Abd el-Kader, face répertoriée comme avers, millésime 1256 H (1840–1841), catalogue Numista. L’objet témoigne d’un pouvoir qui organise aussi la fiscalité et les paiements.Numista / numista.com · CC0 · Source et droits
Revers du boudjou d’Abd el-Kader de 1256 H. Les légendes arabes et les irrégularités de frappe invitent à examiner chaque exemplaire, plutôt qu’à appliquer une lecture standardisée.
Revers du boudjou d’Abd el-Kader de 1256 H. Les légendes arabes et les irrégularités de frappe invitent à examiner chaque exemplaire, plutôt qu’à appliquer une lecture standardisée.Numista / numista.com · CC0 · Source et droits

Le boudjou de 1256 H présenté ici appartient à cette histoire propre. Il ne s’agit ni d’un dinar moderne ni d’une émission de la République algérienne. La distinction est essentielle : parler de souveraineté monétaire n’oblige pas à effacer la différence entre le pouvoir de l’émir au XIXe siècle et l’État indépendant du XXe.

La figure d’Abd el-Kader réapparaîtra bien plus tard dans les filigranes et les dispositifs de sécurité du dinar. Entre la monnaie qu’il fait frapper et le portrait qui garantit visuellement un billet contemporain, une même personnalité change ainsi de fonction : autorité émettrice d’abord, référence historique ensuite.

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Le franc et la banque coloniale : changer l’unité, changer les images

L’extension de la domination française installe progressivement le franc et les institutions coloniales. Un jalon précis est la loi du 4 août 1851, qui crée la Banque de l’Algérie. Cette banque d’émission ne doit pas être confondue avec la banque centrale nationale instituée après l’indépendance : la proximité des noms masque une rupture politique et juridique fondamentale.

Le papier-monnaie permet de régler des sommes importantes sans transporter leur équivalent en métal. Sa circulation repose sur l’émetteur, sur les mécanismes de paiement et sur la reconnaissance légale du billet. Les mots imprimés, les signatures et la numérotation contribuent à installer cette confiance ; les images donnent à la promesse une apparence familière et solennelle.

100 francs de la Banque de l’Algérie, exemplaire daté de 1911, recto. Figures allégoriques, signatures et promesse de paiement composent le langage du billet colonial. Le document d’origine est de définition modeste.
100 francs de la Banque de l’Algérie, exemplaire daté de 1911, recto. Figures allégoriques, signatures et promesse de paiement composent le langage du billet colonial. Le document d’origine est de définition modeste.Yves Jalabert · CC BY-SA 2.0 · Source et droits

Sur le 100 francs daté de 1911, les figures allégoriques et la composition symétrique relèvent d’un langage visuel européen. Cette représentation doit se lire dans son contexte colonial : elle exprime les catégories de l’institution émettrice, plutôt qu’un portrait neutre de tous les habitants et de leurs expériences. La beauté d’une gravure et la critique de son contexte peuvent coexister.

Verso du même billet de 100 francs de 1911. Ce décor appartient à l’histoire de la banque coloniale ; il ne constitue pas une émission de l’Algérie indépendante.
Verso du même billet de 100 francs de 1911. Ce décor appartient à l’histoire de la banque coloniale ; il ne constitue pas une émission de l’Algérie indépendante.Yves Jalabert · CC BY-SA 2.0 · Source et droits

Le périmètre de la banque évolue. Elle étend ses opérations à la Tunisie en 1904, prend en 1949 le nom de Banque de l’Algérie et de la Tunisie, puis redevient Banque de l’Algérie en 1958. Ces changements expliquent les intitulés rencontrés sur les anciens billets. Ils ne doivent pas être interprétés comme autant de créations d’une monnaie nationale algérienne indépendante.

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1962–1964 : l’indépendance se donne une unité monétaire

En 1962, l’indépendance politique ouvre le chantier des institutions nationales. Les billets déjà présents dans les caisses et les portefeuilles ne sont pas remplacés le jour même. Il faut assurer les paiements tout en préparant une émission nouvelle. La loi du 13 décembre 1962 crée la Banque centrale d’Algérie ; son existence précède celle du dinar.

Le 10 avril 1964, la loi n° 64-111 institue le dinar algérien, divisé en cent centimes. La réforme remplace le nouveau franc à parité : un dinar pour un nouveau franc. Cette équivalence initiale organise le passage d’une unité à l’autre ; elle ne garantit pas une parité durable avec la monnaie française. Le texte définit aussi le dinar par 180 milligrammes d’or fin, formulation de l’ordre monétaire international de l’époque, qui ne signifie pas que chaque billet soit échangeable au guichet contre de l’or.

Pour l’État, disposer d’une unité et d’un émetteur propres signifie pouvoir organiser la circulation fiduciaire sous sa responsabilité. Pour la population, le changement prend une forme très concrète : apprendre à reconnaître de nouveaux billets, retrouver les valeurs dans les prix et échanger les anciennes espèces. Une souveraineté devient un geste quotidien.

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Les premiers dinars : un territoire dans les mains

La première famille de billets, en 1964, comprend quatre valeurs : 5, 10, 50 et 100 dinars. La Banque centrale d’Algérie choisit de faire découvrir des paysages du Nord et du Sud. Les billets donnent ainsi une présence quotidienne à la diversité géographique du pays. Une unité nationale peut se raconter par plusieurs horizons.

Cette logique diffère de l’allégorie coloniale : l’émetteur national inscrit désormais son propre territoire dans les gestes de paiement. Les scènes ne sont pas de simples illustrations de voyage. Sur une monnaie nouvelle, elles participent à l’apprentissage d’une identité commune, dans un pays où les paysages, les activités et les distances varient considérablement.

Les petites valeurs métalliques complètent le dispositif. Une monnaie ne vit pas seulement dans les grandes coupures : elle doit permettre de rendre la monnaie et de régler les achats modestes. Le rapport de cent centimes pour un dinar crée une échelle décimale lisible, même si la place réelle des petites pièces change ensuite avec les prix.

Un billet de collection demande toutefois plusieurs lectures. Le millésime porté par le papier, la décision de création, la première mise en circulation et le retrait sont des événements différents. L’usure, les signatures ou une variante peuvent documenter la vie de l’objet sans modifier son unité de compte. Les quatre premières valeurs forment le point de départ du dinar, pas la liste immuable des billets de l’Algérie.

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Les années 1970 : l’art de représenter le développement

La série que la Banque d’Algérie appelle « Essor industriel » déplace le regard. Les paysages cèdent une partie de la place aux ambitions agricoles et industrielles de l’État. Dans le récit officiel de cette période, la transformation des campagnes et le développement de la production doivent construire les bases matérielles de l’indépendance.

La banque souligne la contribution artistique de M’hamed Issiakhem, figure majeure de la peinture algérienne. Son intervention rappelle qu’un billet est une œuvre de composition soumise à des contraintes particulières : valeur immédiatement identifiable, image lisible à petite échelle, reproduction industrielle et résistance à l’imitation. Le dessin artistique doit s’accorder avec le travail des graveurs et des imprimeurs.

La présentation historique de la banque réunit sous l’année 1970 des valeurs de 5, 10, 100 et 500 dinars, puis un 50 dinars sous 1978. Ces repères décrivent des types et une famille éditoriale : ils ne dispensent pas de vérifier la date d’un exemplaire précis. Les séries de collection se prêtent mal aux chronologies réduites à une seule date par image.

Produire de la monnaie demande aussi un savoir-faire national. L’Hôtel des Monnaies de la Banque d’Algérie incarne cette dimension industrielle. L’émetteur décide du billet et de ses caractéristiques ; la fabrication met en œuvre des compétences d’impression, de contrôle et de sécurité. Pour une pièce, on parle de frappe ; pour un billet, d’impression. Ce vocabulaire distingue deux métiers qui concourent à la même confiance.

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Des années 1980 aux réformes : le dinar demeure

La banque présente ensuite une série « Édifications » : 100 dinars en 1981, 20 et 200 dinars en 1983, 10 dinars en 1984. Le renouvellement des images et l’arrivée de valeurs nouvelles ne signifient pas qu’une nouvelle unité remplace le dinar. C’est la même monnaie qui accompagne une société en transformation.

Le contre-choc pétrolier de 1986 fragilise les recettes extérieures et les finances d’une économie largement tributaire des hydrocarbures. Les ajustements ultérieurs du dinar s’inscrivent dans ces tensions, puis dans des réformes plus larges. Pour les ménages, l’enjeu n’est pas le seul chiffre d’un cours : c’est ce que les revenus permettent d’acheter et la manière dont les prix se déplacent.

La loi du 14 avril 1990 sur la monnaie et le crédit est une étape institutionnelle majeure. En 1994, les dévaluations accompagnent un programme d’ajustement soutenu par le FMI. La période est socialement difficile et se déroule dans un contexte de violences. La raconter demande de distinguer les mécanismes monétaires, les choix de politique économique et les expériences vécues, sans réduire l’histoire du pays à une crise.

La continuité du nom et de l’unité explique pourquoi des billets très différents appartiennent à une même histoire commencée en 1964. Leur succession témoigne à la fois de besoins de paiement, d’évolutions techniques et de choix de représentation.

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Les pièces de 1994 : la préhistoire dans la petite monnaie

Le programme métallique de 1994 constitue un ensemble numismatique à part entière. Le règlement n° 94-01 prévoit des valeurs de ¼, ½, 1, 2, 5, 10, 20 et 50 dinars. Cette liste est celle d’une création réglementaire ; elle n’affirme pas que toutes ces valeurs ont conservé le même usage quotidien par la suite.

La pièce de 1 dinar offre une lecture particulièrement précise. Le règlement n° 94-07 fixe sa mise en circulation au 21 novembre 1994. En acier inoxydable, elle mesure 20,50 mm pour un poids nominal de 4,20 g. Son chiffre 1 s’inspire d’une pointe de flèche néolithique et s’inscrit dans la carte du pays. L’autre face montre une tête de buffle préhistorique, avec des gravures rupestres en arrière-plan.

Le thème relie l’objet le plus ordinaire à un temps très lointain. Il ne prétend pas que les sociétés préhistoriques employaient des dinars : il transforme leur patrimoine en signe partagé. Le double millésime, hégirien et grégorien, place aussi la pièce dans deux systèmes de datation que le lecteur doit savoir distinguer.

Sur le 50 dinars, le lion de l’Atlas donne une autre dimension à cette mémoire naturelle. L’animal monétaire peut célébrer une faune patrimoniale ; il ne décrit pas automatiquement sa présence actuelle dans la nature. Les valeurs, les reliefs, le métal et les motifs forment ensemble un système de reconnaissance. Leur intérêt se révèle mieux dans la comparaison que dans une simple liste de montants.

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Le billet comme musée : histoire, paysages et dispositifs de sécurité

Avec la famille « Histoire et patrimoine », la monnaie propose plusieurs entrées dans le passé. Le lecteur passe des temps préhistoriques à la Numidie, de l’histoire islamique aux combats de la période ottomane. Il s’agit d’une sélection de thèmes : un billet ne peut pas contenir toute l’histoire du territoire ni toutes ses interprétations.

RepèreSujetCe que l’on peut y lire
100 DA · type 1992La bataille d’El Harrach de 1775 et la marine de la régence.Le billet met en récit un épisode militaire ; son image est une représentation moderne.
200 DA · type 1992Une scène d’enseignement coranique.La transmission du savoir devient le sujet central.
500 DA · famille des années 1990La période numide et ses paysages.Un passé antique est relu par un émetteur contemporain.
1 000 DA · émission de 1995Le Tassili n’Ajjer et l’art rupestre.Le buffle préhistorique relie paysage saharien et mémoire naturelle.

Le filigrane et les autres signes de sécurité participent eux aussi à cette iconographie. Ils ne sont pas toujours de simples versions discrètes de la grande scène imprimée. Comparer l’image principale, le filigrane et un élément changeant à l’inclinaison révèle plusieurs niveaux de lecture. Sur certaines variantes de la fin des années 1990, les portraits de Jugurtha et d’Abd el-Kader entrent dans les dispositifs holographiques.

Les dates demandent ici une attention particulière. Une année de type, un règlement d’émission et une variante de sécurité peuvent être éloignés de plusieurs années. La série créée en 1992 connaît des textes d’émission et des évolutions ultérieurs. Le tableau donne donc des thèmes et des repères de types, sans transformer chaque millésime en date certaine de première utilisation de tous les exemplaires.

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De la science au satellite : renouveler les signes du progrès

Le 2 000 dinars mis en circulation le 28 avril 2011 choisit la science, la technologie et le développement comme thème. La valeur faciale nouvelle agrandit l’échelle des paiements en billets ; elle n’instaure pas une autre monnaie. Le portrait d’Abd el-Kader apparaît dans le filigrane, élément à observer par transparence.

Les types de 500 et 1 000 dinars de 2018 poursuivent ce dialogue entre héritage et modernité. Le 500 dinars prend pour sujet les technologies de l’information et de la communication, avec le satellite Alcomsat-1. Le 1 000 dinars associe la Grande Mosquée d’Alger à des objets traditionnels. Ces choix élargissent le répertoire : le patrimoine n’est plus seulement un vestige ancien, il comprend aussi des réalisations contemporaines.

Pour regarder un billet, il faut résister à la tentation de ne voir que la grande image. La valeur doit rester lisible ; le fond, le fil de sécurité et le filigrane appartiennent à un ensemble conçu pour rendre l’objet reconnaissable. Les technologies servent ici deux fonctions complémentaires : représenter le progrès et protéger le moyen de paiement.

La date symbolique imprimée sur une coupure ne dit pas nécessairement quand le public l’a reçue pour la première fois. Les règlements de création et de mise en circulation apportent des informations distinctes. Dans un dossier historique, conserver cette distinction est plus utile que d’aligner des dates sans expliquer ce qu’elles désignent.

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2021–2022 : les visages de l’indépendance, le papier et le polymère

Le 18 mars 2021, une nouvelle coupure de 2 000 dinars met au premier plan les six dirigeants historiques photographiés avant le déclenchement de la guerre de libération du 1er novembre 1954 : Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad, Mohamed Boudiaf, Krim Belkacem et Larbi Ben M’hidi. La composition associe le groupe à un paysage de montagnes.

Au revers, le mausolée d’Imedghassen et une foggara font dialoguer monument antique et ingénierie de l’eau dans les oasis. Le billet réunit donc plusieurs temporalités plutôt qu’un seul épisode. La foggara rappelle aussi que les techniques hydrauliques engagent une organisation sociale, et pas seulement un ouvrage matériel.

Le billet commémoratif de 2 000 dinars créé en octobre 2022 pour les soixante ans de l’indépendance et le sommet de la Ligue arabe fait un autre choix : composition verticale, Maqam Echahid, carte du monde arabe et fenêtre transparente. Le verso associe notamment la Grande Mosquée, le Hoggar et les ruines de Tipaza. La valeur est également écrite en anglais.

La commémoration ne change pas l’unité : deux coupures de même valeur peuvent raconter des histoires différentes. Il faut également distinguer une création réglementaire, une émission commémorative et un retrait. L’apparition d’un nouveau dessin n’implique pas, à elle seule, la disparition des précédents.

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Lire le dinar : quatre repères pour une longue histoire

Le dinar algérien porte le code DZD et l’abréviation courante DA. L’unité instituée en 1964 reste le fil conducteur du récit. Un billet plus grand ou une pièce commémorative ne créent pas une nouvelle échelle des comptes. Le patrimoine des monnaies plus anciennes éclaire ce récit sans se confondre avec lui.

  1. Identifier l’émetteur. La Banque de l’Algérie coloniale et la Banque centrale de l’Algérie indépendante appartiennent à deux contextes institutionnels distincts.
  2. Lire les dates pour ce qu’elles sont. Un millésime hégirien, une date imprimée, une décision réglementaire et une première circulation ne sont pas interchangeables.
  3. Distinguer l’objet et sa valeur. La pièce associe métal et relief ; le billet associe support, impression et sécurité. L’unité de compte reste une institution.
  4. Interroger l’image. Un paysage, un buffle ou un portrait sont des choix de représentation, et non des documents transparents sur l’époque représentée.

De la tête royale numide à la fenêtre du billet de 2022, ces objets racontent différentes façons de rendre une autorité visible. Le dinar indépendant hérite de cette longue histoire sans être la simple prolongation d’une monnaie antique ou ottomane. Il en transforme des fragments en un langage quotidien, reconnu par ceux qui le reçoivent, le comptent et le transmettent.

Sources et crédits

Les neuf photographies sont locales et restent visibles hors connexion. Les liens de sources demandent Internet. Les billets récents sont décrits sans reproduction : les droits sur leur dessin ne sont pas établis par la seule licence d’une photographie. Crédits détaillés dans images-manifest.json.

  1. Catalogues numismatiques : Numidie / Numidian coinageIRIS, American Numismatic Society ; photographie du musée de Finalborgo dans le manifeste. Les attributions individuelles restent prudentes.
  2. Ashmolean Museum · Heberden Coin RoomNotice d’un dinar almohade ; photographie des monnaies zianides du musée d’Alger, manifeste.
  3. Collections · Alger ottoman / Ottoman AlgiersObjets, scans et photographie de matrice documentés individuellement dans les crédits.
  4. Mucem · Abd el-Kader, exposition de 2022Institutions et frappe monétaire de l’émir ; voir aussi Mounir Bouchenaki, La Monnaie de l’émir Abd-el-Kader : 1836–1841, notice BnF cb345898286.
  5. Bibliothèque nationale de France · Banque de l’AlgérieCréation en 1851, extension à la Tunisie et changements de nom.
  6. Banque d’Algérie · Histoire de la banqueLoi de 1962 et étapes institutionnelles, dont la loi sur la monnaie et le crédit de 1990.
  7. Ministère de la Poste · 60e anniversaire de l’unité monétaireNotice officielle de 2024, loi n° 64-111 du 10 avril 1964 et substitution monétaire. Texte légal : Journal officiel n° 30, 10 avril 1964.
  8. Banque d’Algérie · Premiers billetsQuatre valeurs de 1964 et paysages du Nord et du Sud.
  9. Banque d’Algérie · Essor industrielClassement de la série et contribution de M’hamed Issiakhem.
  10. Banque d’Algérie · Émission de la monnaieResponsabilité de l’émetteur et contrôle de fabrication ; Hôtel des Monnaies : documentation institutionnelle de 2024.
  11. Banque d’Algérie · ÉdificationsTypes de 1981, 1983 et 1984.
  12. FMI / IMF · Stabilization and Transition to MarketProgramme de 1994 et contexte des ajustements. Complément : chapitre II du même ouvrage pour le contre-choc de 1986.
  13. Banque d’Algérie · Règlement 94-07Pièce de 1 dinar : date, métal, dimensions et iconographie.
  14. Journal officiel · 1994, n° 56Règlement 94-01 du 6 avril 1994 : série de pièces, dont le lion de l’Atlas.
  15. Banque d’Algérie · Histoire et patrimoineThèmes et dispositifs de sécurité des émissions des années 1990.
  16. Banque d’Algérie · Règlements d’émissionDistinguer création en 1992, émissions ultérieures et modifications de 1998.
  17. Banque d’Algérie · Tradition et modernitéBillets de 2011 et types de 2018.
  18. Banque d’Algérie · Règlements 2018Textes 2018-04 à 2018-08 : création et mise en circulation des 500 et 1 000 dinars.
  19. Banque d’Algérie · Héros de la révolutionMise en circulation du 18 mars 2021 et lecture des deux faces.
  20. Banque d’Algérie · Règlement 22-03Billet commémoratif de 2022 : support hybride, fenêtre, composition et inscriptions.