LYD · Libye

Le dinar libyen

Du silphium de Cyrène à la livre d’Idris, puis au dinar : plusieurs mondes monétaires.

Sur une pièce antique, une plante. Sur un billet du royaume, le visage d’Idris Ier. Entre les deux, des siècles de ports, d’ateliers et de routes marchandes. L’histoire monétaire de la Libye se lit dans ces objets, avant de se raconter en réformes.

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Cyrène : une plante devient emblème monétaire

Bien avant la livre et le dinar, les cités du littoral de l’actuelle Libye frappent des monnaies qui circulent dans le monde méditerranéen. À l’est, Cyrène appartient à l’univers des cités grecques ; à l’ouest, les établissements de tradition phénicienne puis punique regardent vers Carthage. Parler de « monnaie libyenne » pour ces siècles serait commode, mais trompeur : il s’agit de plusieurs histoires régionales, antérieures aux frontières de l’État moderne.

À Cyrène, le silphium prend une place exceptionnelle. Cette plante recherchée dans l’Antiquité pour ses usages culinaires et médicinaux devient un signe immédiatement reconnaissable sur les monnaies. Tantôt la tige entière occupe le champ, tantôt un fruit ou une graine suffit à évoquer la ressource. La pièce associe ainsi le nom et la réputation d’une cité à un produit de son territoire. Les catalogues distinguent des émissions d’argent, d’or et de bronze : la monnaie ne se réduit pas à un seul métal ou à une valeur unique.

Monnaie d’argent de Cyrène : fruit ou graine de silphium, daté des VIe–Ve siècles avant notre ère dans la notice. Le motif ne permet pas, à lui seul, d’identifier une espèce botanique.
Monnaie d’argent de Cyrène : fruit ou graine de silphium, daté des VIe–Ve siècles avant notre ère dans la notice. Le motif ne permet pas, à lui seul, d’identifier une espèce botanique. Hunab 21 · CC0 1.0 · Source et droits · Licence
Le silphium dans l’iconographie monétaire de Cyrénaïque : animaux autour de la plante. Reproduction publiée dans l’étude de Mahmut Miski (Plants, 2021) ; la datation précise des exemplaires n’est pas fournie par le fichier.
Le silphium dans l’iconographie monétaire de Cyrénaïque : animaux autour de la plante. Reproduction publiée dans l’étude de Mahmut Miski (Plants, 2021) ; la datation précise des exemplaires n’est pas fournie par le fichier. Mahmut Miski (publication source, Plants 2021) ; photographe non identifié dans la notice Commons · CC BY 4.0 · Source et droits · Licence

Le répertoire comprend aussi la tête d’Ammon, reconnaissable à sa corne de bélier, et des figures liées à la cité. Le CyReNe Project de l’université de Padoue permet de suivre ces variations de types, d’autorités et de légendes. Il rappelle qu’une image de silphium ne suffit pas à dater une pièce : le poids, le métal, le style et l’inscription doivent être examinés ensemble.

L’identification botanique du silphium antique reste débattue. Il serait donc imprudent d’affirmer qu’une espèce contemporaine lui correspond avec certitude, ou que la forme d’un fruit monétaire prouve à elle seule l’origine du symbole du cœur. L’objet demeure fascinant sans qu’on lui ajoute une légende moderne.

02

D’une Méditerranée à l’autre : les monnaies des empires

L’intégration des régions côtières au monde romain change les cadres politiques et monétaires. Les espèces impériales portent le portrait du souverain et des images qui rendent son autorité visible très loin de Rome. La circulation relie les ports, les marchés, l’armée et les prélèvements publics. Cette histoire ne signifie pas que chaque communauté ou chaque échange utilise quotidiennement des pièces : le crédit, les paiements en nature et les différences entre villes et campagnes restent essentiels à la compréhension du passé.

Leptis Magna donne une profondeur particulière à cette relation avec l’Empire. Septime Sévère, né dans la cité, devenu empereur en 193, contribue à son embellissement monumental. L’UNESCO décrit son port, ses entrepôts, son marché et ses monuments : autant de lieux qui permettent d’imaginer une économie bien plus diverse qu’un simple récit de conquêtes. Il ne faut cependant pas attribuer à un atelier de Leptis toutes les monnaies romaines découvertes dans la région.

Après les transformations de l’Antiquité tardive, les conquêtes arabes du VIIe siècle insèrent progressivement ces territoires dans de nouveaux ensembles. Dinar d’or, dirham d’argent et petites espèces de cuivre appartiennent au vocabulaire monétaire du monde islamique, avec des usages variables selon les périodes. Les inscriptions, les noms des autorités et les dates deviennent des indices majeurs pour les numismates. La conquête ne produit pas instantanément une circulation parfaitement uniforme sur tout le territoire.

Le mot dinar possède donc une histoire beaucoup plus ancienne que la réforme libyenne de 1971. Retrouver ce nom sur un billet contemporain n’établit pourtant ni une continuité de valeur ni une filiation institutionnelle ininterrompue avec les monnaies médiévales.

03

L’atelier de Tripoli : lire une pièce ottomane

Tripoli entre dans l’orbite ottomane au XVIe siècle. Sous les Karamanli, qui gouvernent de 1711 à 1835 avec une large autonomie, le port reste lié aux échanges méditerranéens et aux routes de l’intérieur. Les monnaies permettent d’approcher cette histoire par un détail matériel : le nom du lieu de frappe. Il faut bien distinguer Tripoli de Libye des ateliers homonymes du Levant ; un résultat de catalogue portant seulement « Tripoli » ne suffit pas.

Le British Museum conserve une petite monnaie de l’atelier de Tripoli sous Mahmud II. La photographie présentée ici provient d’un autre exemplaire, enregistré par le Portable Antiquities Scheme. Sa notice identifie une pièce de para produite dans la vingt-troisième année du règne, vers 1831. Son inscription mentionne Tarablus, le nom arabe de Tripoli.

Para ottoman de Tripoli sous Mahmud II, vers 1831, deux faces. Le millésime 1223 de l’hégire renvoie à l’avènement du sultan ; la notice identifie l’année de règne 23.
Para ottoman de Tripoli sous Mahmud II, vers 1831, deux faces. Le millésime 1223 de l’hégire renvoie à l’avènement du sultan ; la notice identifie l’année de règne 23. Portable Antiquities Scheme · Adam Daubney · CC BY-SA 4.0 · Source et droits · Licence

Une difficulté classique attend le lecteur : le millésime 1223 de l’hégire correspond à l’avènement de Mahmud II, en 1808, et non nécessairement à l’année réelle de fabrication. Il faut le combiner avec l’année de règne. Le même principe explique pourquoi les dates des monnaies ottomanes ne doivent pas être converties mécaniquement comme des dates ordinaires. L’état de conservation et la lisibilité de quelques signes deviennent décisifs.

Cette petite pièce montre aussi que l’histoire monétaire ne se limite pas aux grandes monnaies d’or. Les espèces modestes servent les paiements de faible montant et nous rapprochent des transactions ordinaires. L’atelier, le pouvoir émetteur et le lieu où une pièce est retrouvée constituent trois informations différentes : la découverte de cet exemplaire en Grande-Bretagne n’en fait pas une monnaie britannique.

04

1911–1952 : un pays, plusieurs monnaies

L’invasion italienne de 1911 ouvre une période coloniale marquée par la guerre et une conquête prolongée. La lire italienne devient une composante de la circulation. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les campagnes d’Afrique du Nord bouleversent à nouveau l’administration du territoire. À partir de 1943, la Tripolitaine et la Cyrénaïque sont administrées par les Britanniques, tandis que le Fezzan passe sous administration française.

À la veille de l’unification monétaire, ces trois espaces ne comptent pas de la même manière : lire de l’administration militaire britannique en Tripolitaine, livre égyptienne en Cyrénaïque et francs algériens au Fezzan. La présence de la livre égyptienne à l’est est particulièrement importante : réduire le problème à une opposition entre lire et franc effacerait une des trois composantes de la réforme.

Pour un commerçant qui traite avec plusieurs régions, une monnaie reçue n’équivaut donc pas simplement à une autre portant un chiffre semblable. Comptes, prix, salaires et créances doivent être exprimés dans des unités différentes. Cette diversité donne un sens concret au projet d’unification : créer un langage commun aux paiements d’un même pays, tout en organisant la reprise des anciens signes monétaires.

La Libye accède à l’indépendance le 24 décembre 1951, sous le roi Idris Ier. La nouvelle monnaie arrive ensuite. Cette distinction entre naissance de l’État et début effectif de circulation évite de transformer « livre de 1951 » en une date de mise en circulation erronée. La chronologie monétaire de la Bundesbank confirme les trois monnaies remplacées et leurs rapports de conversion.

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24 mars 1952 : la livre fait l’unité

La livre libyenne commence à circuler le 24 mars 1952. Le témoignage contemporain de G. A. Blowers et A. N. McLeod, publié par le FMI sous le titre Currency Unification in Libya, est précieux : il décrit les choix effectués alors que la nouvelle organisation vient de naître.

L’unité est fixée à la valeur de la livre sterling, mais ses subdivisions ne reprennent pas les vingt shillings et les deux cent quarante pence britanniques. Une livre libyenne comprend 100 piastres ou 1 000 millièmes. Elle combine donc un ancrage extérieur britannique avec une présentation adaptée à son propre système. La piastre représente dix millièmes ; les deux façons d’exprimer une somme coexistent.

Dix piastres, émission de 1952 : Idris Ier à gauche, palmier à droite. Un petit billet vaut un dixième de livre. Reproduction d’un exemplaire ayant circulé.
Dix piastres, émission de 1952 : Idris Ier à gauche, palmier à droite. Un petit billet vaut un dixième de livre. Reproduction d’un exemplaire ayant circulé. Libyan government · Public domain · Source et droits
Une livre libyenne, émission de 1952, face au portrait d’Idris Ier. La date portée par le billet et le jour de sa mise en circulation doivent être distingués.
Une livre libyenne, émission de 1952, face au portrait d’Idris Ier. La date portée par le billet et le jour de sa mise en circulation doivent être distingués. Libyan government · Public domain · Source et droits

La réforme est administrée par la Libyan Currency Commission. Sa fonction centrale consiste à émettre une monnaie couverte par des avoirs en sterling. Cette organisation n’est pas encore une banque centrale disposant de tous les instruments de crédit et de supervision bancaire. L’émission nationale exprime la souveraineté nouvelle, tout en reposant sur un dispositif financier international.

Les conversions ci-dessous sont des rapports historiques d’introduction. Elles ne sont ni des cours actuels ni des indications sur la valeur de collection des billets. Leur diversité rappelle l’ampleur de l’opération : les anciens prix et les sommes détenues doivent être traduits dans la même unité.

Une livre libyenne à l’introduction de 1952
RégionAncienne monnaie correspondante
Tripolitaine480 lire de l’administration militaire
Cyrénaïque0,975 livre égyptienne
Fezzan980 francs algériens

L’enjeu dépasse le remplacement des billets dans les poches. Une monnaie commune donne une même unité aux comptes publics, aux contrats et aux échanges interrégionaux. Elle matérialise l’unité d’un royaume qui rassemble des régions aux expériences administratives et monétaires distinctes.

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Le royaume dans la poche : portraits, piastres et millièmes

Le portrait d’Idris Ier apparaît sur les billets du royaume. Il donne un visage à l’État récemment indépendant. Sur le billet de dix piastres de 1952, le roi occupe la partie gauche et un palmier la droite ; la notice du spécimen conservé au British Museum identifie précisément cette composition verte et rose pâle. Le petit billet correspond à un dixième de livre, ce qui montre que le papier sert également des paiements inférieurs à l’unité principale.

Les chiffres, les caractères arabes, les indications en anglais et les décors de sécurité organisent plusieurs niveaux de lecture. On doit reconnaître rapidement la valeur, identifier l’émetteur et distinguer le vrai billet d’une imitation. Le portrait royal est un symbole politique, mais l’objet demeure aussi un produit technique : papier, gravure, numérotation et signatures composent un système de confiance.

Demi-livre du royaume, type de 1952 (Pick 15), portrait d’Idris Ier. La couleur et la valeur distinguent cette coupure de la livre entière.
Demi-livre du royaume, type de 1952 (Pick 15), portrait d’Idris Ier. La couleur et la valeur distinguent cette coupure de la livre entière. Unknown author Unknown author · Public domain · Source et droits

La monnaie métallique de 1952 comprend de petites valeurs en millièmes et des piastres. Le musée numismatique Al Hamra en conserve notamment des exemples de 1 millième et de 2 piastres. Les pièces prolongent la présence du souverain dans des transactions plus modestes. Les émissions de 1965 emploient notamment les armoiries du royaume et présentent certaines valeurs directement en millièmes : une modification d’apparence ou de dénomination faciale n’est pas nécessairement un changement d’unité monétaire.

La fabrication demande des compétences spécialisées, parfois commandées à l’étranger. Il faut distinguer l’émetteur, qui garantit la monnaie, l’imprimeur des billets et l’atelier qui frappe les pièces. Le nom d’une institution libyenne sur un billet ne prouve pas que la feuille a été imprimée à Tripoli. Les attributions d’atelier ou de graveur non vérifiées ne sont pas déduites du seul style du portrait.

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1956–1969 : une institution prend de l’ampleur

Le 1er avril 1956, la banque centrale commence ses opérations et remplace la commission monétaire. La chronologie officielle de la Banque centrale de Libye distingue cette date opérationnelle de la création de la commission en 1951. Confondre ces deux institutions ferait disparaître une étape importante de la construction de l’État.

Une commission d’émission et une banque centrale peuvent toutes deux mettre des billets en circulation, mais leurs fonctions ne sont pas identiques. La première organisation est centrée sur la couverture de la monnaie. Le développement de la seconde élargit progressivement les responsabilités : réserves extérieures, relations avec les banques, fonctionnement du crédit et service financier de l’État.

Pour le lecteur de billets, le nom de l’autorité émettrice est donc aussi instructif qu’un portrait. Il permet de situer un objet dans une succession institutionnelle. Deux billets exprimés en livres peuvent appartenir à des moments différents, sans que la valeur de l’unité ait été divisée ou multipliée. Une nouvelle signature indique parfois simplement un changement de responsable, et non une nouvelle monnaie.

L’essor de l’activité pétrolière pendant les années 1960 transforme les moyens financiers du pays. Il explique l’importance croissante de la gestion des recettes extérieures et des dépenses publiques. Il ne faut pourtant pas projeter cette richesse sur la situation de 1952 : l’unification monétaire précède le grand développement des exportations de pétrole. La livre nationale est d’abord une réalisation politique et administrative.

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1971 : changer de nom sans effacer la valeur

Le renversement de la monarchie en septembre 1969 ouvre une nouvelle période politique. Le nom de la monnaie ne change pas immédiatement le jour du coup d’État. C’est le 1er septembre 1971 que la livre devient le dinar libyen, selon la chronologie historique de la Library of Congress et les dispositions de la loi bancaire modificative de 1971.

Le changement se fait à parité : une livre devient un dinar. Le millième prend le nom de dirham et le dinar se divise en mille dirhams. Il ne s’agit donc ni de supprimer trois zéros ni de multiplier l’épargne par mille. Une somme de cinq livres correspond à cinq dinars ; les noms inscrits dans les comptes et sur les espèces se transforment, sans changement d’échelle de l’unité à cette occasion.

Les premières émissions en dinars font entrer les nouveaux noms dans la vie quotidienne. Le demi-dinar de 1971–1972 conservé au musée Al Hamra illustre les petites valeurs de papier du début de cette période. Les emblèmes et les mentions d’émetteur doivent se lire dans leur contexte exact : une monnaie datée des années 1970 ne résume pas à elle seule les quatre décennies du régime de Mouammar Kadhafi.

Le changement de 1971 explique la place de la Libye dans une histoire des livres : sa monnaie actuelle porte le nom de dinar, mais elle prolonge à valeur égale l’unité nationale créée sous le nom de livre en 1952. Cette filiation est plus précise qu’un simple classement selon le nom actuel de la devise.

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Le dinar : emblèmes, mémoire et patrimoine

Les pièces et les billets de la période républicaine modifient le langage visuel du royaume. La photographie de la pièce de 50 dirhams de 1975 donne un exemple daté, antérieur à la proclamation de la Jamahiriya en 1977. Les mots, les armoiries et les symboles politiques changent à plusieurs reprises. Le nom de l’État inscrit sur une espèce devient donc un repère chronologique, au même titre que son millésime.

Les billets développent un répertoire plus large : portraits, monuments, activités et lieux de mémoire. Omar al-Mokhtar, figure de la résistance à la colonisation italienne, occupe une place importante dans l’iconographie monétaire libyenne. Son portrait ne doit pas être confondu avec celui d’un dirigeant contemporain. Le passé antique et l’architecture urbaine peuvent également être mobilisés pour représenter la profondeur historique du pays.

Cinquante dirhams, 1975, deux faces : valeur faciale et emblème de la République arabe libyenne. La forme festonnée et le relief aident à distinguer la pièce.
Cinquante dirhams, 1975, deux faces : valeur faciale et emblème de la République arabe libyenne. La forme festonnée et le relief aident à distinguer la pièce. Akela3 · CC BY-SA 3.0 · Source et droits · Licence

Cette iconographie mérite une lecture attentive des deux faces. Le recto peut privilégier une figure ou un emblème ; le verso fait découvrir un bâtiment ou un paysage. La présentation officielle des billets par la Banque centrale distingue précisément les valeurs et les faces. Elle constitue une meilleure référence pour identifier un type qu’une photographie isolée sans date.

Le passage d’une série à une autre est aussi une opération matérielle. Les stocks doivent être produits, acheminés et distribués ; les anciennes coupures sont échangées ou retirées selon les décisions de l’émetteur. Une modification de décor peut porter un message politique, mais elle répond aussi à des besoins de sécurité et de gestion du numéraire. Sans date de retrait vérifiée, un billet ancien ne doit pas être présenté comme encore utilisable.

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Depuis 2011 : renouveler les billets, réunir l’institution

La révolution et le conflit de 2011 entraînent une nouvelle transformation de l’iconographie. Les emblèmes de l’ancien régime disparaissent progressivement de nouvelles émissions, tandis que les références au drapeau et à la mémoire de la révolution prennent place dans le répertoire. Il faut distinguer les révisions d’anciens modèles de la création de nouveaux billets : toute coupure mise en circulation après 2011 n’a pas nécessairement été entièrement redessinée.

Une étape technique clairement documentée intervient en 2019 avec le billet d’un dinar en polymère. Dans son communiqué du 12 mars, De La Rue annonce la première émission libyenne sur son support Safeguard. Le choix d’un support synthétique s’inscrit dans une recherche de résistance et de dispositifs de sécurité adaptés à l’usage. Une innovation de matériau ne crée pas une autre unité : un dinar reste un dinar.

La division politique du pays à partir de 2014 atteint aussi les institutions financières. La question monétaire ne se limite alors plus au dessin des billets : elle concerne l’autorité d’émission, l’approvisionnement des banques et la cohérence des comptes. Des productions de numéraire destinées aux autorités de l’Est, notamment par Goznak en Russie, font partie de cette histoire. Les divergences entre autorités ne justifient pas de qualifier indistinctement tous ces billets de « faux » : la contrefaçon matérielle et le conflit sur la légitimité d’une émission sont deux problèmes distincts.

Le 20 août 2023, l’annonce de réunification de la banque centrale est saluée par la Mission d’appui des Nations unies en Libye. Cet événement est une étape institutionnelle datée, pas la preuve que toutes les difficultés ont disparu. L’intervention de la mission lors de la crise de la banque centrale d’août 2024 montre combien la continuité de l’institution reste un enjeu pour les services publics et la population.

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Observer une monnaie libyenne

Une monnaie se comprend mieux lorsqu’on sépare les indices. Commencer par l’unité inscrite — livre, piastre, millième, dinar ou dirham — permet de repérer sa place dans la succession des systèmes. Il faut ensuite lire l’émetteur, les titres du souverain ou le nom de l’État, puis examiner la date, les signatures, les numéros et les motifs. Deux objets qui partagent une valeur faciale peuvent relever de séries différentes.

La subdivision actuelle, 1 dinar = 1 000 dirhams, mérite une attention particulière : 100 dirhams forment un dixième de dinar ; 250 dirhams, un quart ; 500 dirhams, un demi. Le nombre mille exprime un rapport de compte, et non une équivalence avec une autre monnaie appelée dirham dans un autre pays. Le dinar libyen porte le code LYD.

La date portée par une monnaie peut être exprimée selon le calendrier grégorien, l’hégire ou, pour certains objets plus anciens, une année de règne. Une date de photographie n’est pas une date d’émission. De même, un billet bien conservé peut avoir été retiré depuis longtemps. L’histoire du type, l’authenticité d’un exemplaire et son cours légal constituent trois questions indépendantes.

De la plante de Cyrène au portrait royal, puis des emblèmes républicains au polymère, ces objets racontent une histoire faite de contacts, de créations institutionnelles et de choix d’images. La réforme de 1952 a donné un langage monétaire commun au pays ; celle de 1971 en a changé le nom sans en effacer la valeur. Ce sont ces continuités précises, autant que les ruptures, qui rendent les monnaies libyennes si riches à regarder.

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Repères chronologiques

  1. AntiquitéCyrène et ses monnaies au silphium
  2. 1831Un para de l’atelier de Tripoli
  3. 1951Indépendance, le 24 décembre
  4. 1952La livre circule le 24 mars
  5. 1956Début des opérations de la banque centrale
  6. 1971Le 1er septembre : un dinar pour une livre
  7. 1975La pièce de 50 dirhams illustrée
  8. 2019Première émission libyenne sur polymère
  9. 2023Annonce de réunification de la banque centrale
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Sources et crédits

Dossier vérifié le 15 octobre 2026. Les sources documentent des événements datés ; aucune liste exhaustive des billets utilisables aujourd’hui n’est annoncée.

  1. Université de Padoue · CyReNe Project

    Typologie, métaux et iconographie des monnaies de Cyrène.

  2. UNESCO · Leptis Magna

    Histoire urbaine et héritage de Septime Sévère.

  3. Portable Antiquities Scheme · FindID 113878

    Para de Tripoli : description des inscriptions et année de règne.

  4. British Museum · 1967,0112.790

    Témoin de la frappe de Tripoli sous Mahmud II.

  5. G. A. Blowers & A. N. McLeod · Currency Unification in Libya, FMI, 1952

    Source contemporaine sur la réforme et la circulation du 24 mars 1952.

  6. Deutsche Bundesbank · Exchange rate statistics, metadata

    Rubrique Libye : monnaies antérieures et conversions de 1952.

  7. British Museum · 1952,1206.6

    Identification du dix-piastres de 1952.

  8. Banque centrale de Libye · History

    1er avril 1956, fonctions de la banque et subdivision du dinar.

  9. Library of Congress · Libya: a country study, 1987

    Cadre historique ; changement de nom du 1er septembre 1971 à parité.

  10. Musée Al Hamra · Monnaies de Libye

    Objets de 1952 et 1965 ; notices recoupées pour les dates politiques.

  11. Musée Al Hamra · Demi-dinar 1971–1972

    Témoin des premières émissions en dinars.

  12. Banque centrale de Libye · Banknotes

    Référence des faces et des valeurs ; consultation ne valant pas autorisation de reproduction.

  13. De La Rue · Communiqué du 12 mars 2019

    Communiqué de l’imprimeur reproduit par MarketScreener : un dinar sur Safeguard.

  14. Ministère italien des Affaires étrangères · Russia Soft Power, 2024

    Contexte des productions de Goznak pour les autorités de l’Est.

  15. UNSMIL · 20 août 2023

    Annonce de réunification de la banque centrale.

  16. UNSMIL · 26 août 2024

    Crise institutionnelle et continuité des services publics.

  17. Mahmut Miski · Plants 10 (2021), 102

    Publication source de l’illustration au silphium ; identification botanique traitée comme hypothèse.

  18. OMPI · Loi libyenne n°9 de 1968

    Droits d’auteur ; terme des œuvres des personnes morales à l’article 20.

Crédits des illustrations

Les sept reproductions locales sont créditées sous chaque figure. Les photographies sous Creative Commons gardent leur licence ; le manifeste distingue les droits de la photographie de ceux du dessin monétaire. Les billets récents sont décrits et reliés au catalogue officiel, sans reproduction lorsque les droits ne sont pas suffisamment établis. Les images historiques ne constituent pas un inventaire des espèces en circulation.

Manifeste des images · Notice éditoriale