IQD · Irak

Le dinar irakien

Des comptes d’argile aux deux dinars des années 1990 et à la réunification des billets.

De l’argent pesé de Mésopotamie aux billets contemporains : des monnaies qui racontent Bagdad, les souverainetés et la confiance.

En 2003, deux billets portant le même nom n’avaient plus la même valeur. L’un serait échangé à parité, l’autre contre 150 dinars nouveaux. Pour comprendre cette rencontre entre deux histoires du papier, il faut remonter bien avant le royaume moderne : aux marchés, aux ateliers et aux écritures des deux fleuves.

01 / IRAQAvant les pièces : compter, peser, promettre

Bien avant qu’un roi fasse frapper son portrait, les habitants de la Mésopotamie consignent des dettes, des livraisons et des prix sur l’argile. Entre Tigre et Euphrate, une tablette peut garder la trace d’un paiement en orge ou d’une obligation exprimée en argent. Le British Museum conserve ainsi un acte d’achat de terres, vers 2400–2200 avant notre ère, dont les contreparties comprennent de l’orge, de la laine et de l’huile. L’histoire monétaire commence ici avec des comptes et des engagements autant qu’avec des objets précieux.

Le sicle est d’abord une unité de poids. Dire qu’une dette représente une certaine quantité d’argent ne signifie pas que des pièces rondes ont été remises : le métal peut être pesé, la livraison différée, le règlement organisé autrement. L’orge intervient elle aussi dans les évaluations et les paiements. Les chercheurs discutent l’ampleur de la circulation effective de l’argent selon les lieux et les époques ; réduire cette économie à un simple troc serait aussi trompeur que lui prêter nos habitudes bancaires.

Ce premier chapitre n’établit aucune filiation directe entre une tablette sumérienne et le dinar contemporain. Il rappelle une singularité du territoire irakien : on y a très tôt développé les moyens de mesurer une valeur, d’en conserver la preuve et de faire reconnaître une obligation. La monnaie frappée viendra enrichir un monde d’échanges qui existait déjà.

British Museum · Money Gallery · Marvin A. Powell · Money in Mesopotamia (1996)

02 / IRAQBagdad, cité des monnaies inscrites

Au fil des empires, le territoire passe par plusieurs univers monétaires. Les conquêtes hellénistiques puis les pouvoirs parthes et sassanides y font circuler des pièces dont les portraits et les signes religieux expriment des souverainetés successives. Après les conquêtes arabes du VIIe siècle, des formes héritées de ces traditions subsistent avant que les inscriptions arabes prennent une place déterminante.

Le vocabulaire lui-même voyage : dinar appartient à une histoire qui remonte au denarius latin ; dirham est lié à la drachme grecque. Les noms traversent les langues et les siècles sans conserver partout un poids ni une valeur fixes. Un dinar médiéval d’or n’est donc pas un « ancien billet irakien » et ne se convertit pas par une règle simple en dinars modernes.

Sous les Abbassides, Bagdad porte dans les inscriptions monétaires le nom de Madīnat al-Salām, la Cité de la paix. L’Ashmolean Museum conserve un dirham de cet atelier daté de l’an 158 de l’hégire, soit 774–775. Le métal, l’atelier, l’année et les textes deviennent les éléments d’identité de la pièce. Cette écriture monétaire permet aujourd’hui de suivre l’autorité et les réseaux d’échange, au-delà des frontières de l’Irak contemporain.

Dirham abbasside en argent frappé à Madīnat al-Salām, le nom monétaire de Bagdad
Dirham abbasside en argent frappé à Madīnat al-Salām, le nom monétaire de Bagdad. L’inscription devient la signature du pouvoir. Date précise non établie par la notice photographique. Interfase · Source · CC BY-SA 4.0

Ashmolean Museum · Dirham, Madīnat al-Salām

03 / IRAQDe la monnaie ottomane à la roupie indienne

À l’époque ottomane, Bagdad, Bassora et Mossoul appartiennent à un espace impérial et commercial bien plus vaste. Les espèces ottomanes côtoient d’autres monnaies dans les échanges. Le Metropolitan Museum conserve une pièce probablement en cuivre frappée à Bagdad et datée de 1808–1810 : un objet modeste qui rappelle que l’histoire des ateliers locaux ne commence pas avec l’État moderne.

La Première Guerre mondiale bouleverse cet environnement. L’occupation britannique rattache les territoires conquis au circuit monétaire de l’Inde britannique. La roupie devient la principale monnaie de circulation. Sa présence s’explique par l’administration et la logistique de guerre, mais aussi par les liaisons du Golfe avec l’Inde. Il faut distinguer cette roupie indienne des monnaies nationales qui porteront plus tard le même nom.

Le royaume d’Irak, constitué en 1921 sous Fayçal Ier, hérite de cet usage. La construction d’un État ne fait pas disparaître immédiatement les habitudes des caisses et des marchés. Durant plusieurs années, l’autorité politique est irakienne tandis que l’unité monétaire reste la roupie. La création du dinar va donner au royaume ses propres billets et ses propres pièces, tout en le maintenant dans l’orbite de la livre sterling.

The Metropolitan Museum · Baghdad coin, 1808–1810 · Central Bank of Iraq · Institutional history

04 / IRAQ1931–1932 : un nom ancien, une monnaie nouvelle

La loi de 1931 crée l’Iraqi Currency Board, installé à Londres, chargé de l’émission et des réserves. Les premiers billets du dinar sont mis en circulation en 1932. Ces deux dates répondent à deux questions différentes : quand le dispositif a-t-il été créé, et quand le public a-t-il reçu les nouvelles espèces ? Le revers du billet reproduit ci-dessous conserve précisément la référence à la loi de 1931.

Le choix du nom réactive un vocabulaire historique de la région. Son fonctionnement est pourtant celui d’une devise moderne : un dinar se divise en 1 000 fils, et sa parité avec la livre sterling structure le dispositif initial. Un quart de dinar représente 250 fils ; un demi-dinar, 500. Ces fractions expliquent la présence de petites valeurs en papier qui peuvent surprendre le lecteur habitué aux billets exclusivement libellés en unités entières.

La façade politique du billet est nationale : Fayçal Ier y apparaît. Son architecture financière demeure liée à Londres et aux réserves en sterling. La monnaie raconte ainsi une indépendance qui se construit par étapes. Le rôle du Currency Board n’est pas celui d’une banque centrale conduisant une politique monétaire discrétionnaire : sa mission repose sur l’émission garantie par des réserves et la confiance dans la convertibilité.

Un dinar de la première série, mise en circulation en 1932 : Fayçal Ier et l’Iraqi Currency Board
Un dinar de la première série, mise en circulation en 1932 : Fayçal Ier et l’Iraqi Currency Board. Iraqi Currency Board; scan: ImAhmedYousif · Source · Public domain (PD-Iraq), as stated on the file page
Au revers, la promesse de paiement en livres sterling et la référence à la loi de 1931
Au revers, la promesse de paiement en livres sterling et la référence à la loi de 1931. Date légale et date de circulation ne se confondent pas. Iraqi Currency Board; scan: ImAhmedYousif · Source · Public domain (PD-Iraq), as stated on the file page

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05 / IRAQPortraits royaux et petite monnaie

Fayçal Ier meurt en 1933 ; Ghazi lui succède, puis Fayçal II en 1939. Les portraits monétaires suivent la dynastie hachémite. Sur un billet, l’effigie du très jeune Fayçal II est aussi une image de continuité institutionnelle : le souverain change, le nom de l’unité et le mécanisme d’émission demeurent.

La pièce de 50 fils de 1938 montre Ghazi au profil net et au cou dégagé. Son autre face donne la valeur, entourée d’un décor végétal et d’inscriptions arabes. Cette pièce contient 50 % d’argent, selon sa notice photographique. Mais son intérêt ne réside pas seulement dans le métal : elle représente un vingtième de dinar et appartient aux gestes ordinaires du paiement et de l’appoint. Le billet et la pièce ne racontent pas la même échelle d’usage.

Les ateliers font eux aussi partie de cette histoire internationale. Le Royal Mint Museum explique que, durant la Seconde Guerre mondiale, un point sous l’effigie distingue les monnaies irakiennes produites à Londres, tandis qu’une étoile signale la fabrication en Inde. Les contraintes d’approvisionnement en métaux entraînent également des changements d’alliage et de forme. Un petit signe peut ainsi documenter une chaîne industrielle et les effets d’une guerre lointaine sur les espèces d’un marché irakien.

50 fils de 1938 : portrait de Ghazi Ier
50 fils de 1938 : portrait de Ghazi Ier. Cette monnaie d’argent à 500 millièmes appartient au royaume hachémite. Jerry “Woody”, via Flickr / Wikimedia Commons · Source · CC BY-SA 2.0
L’autre face des 50 fils associe la valeur et les dates
L’autre face des 50 fils associe la valeur et les dates. Une valeur de 50 fils représente un vingtième de dinar. Jerry “Woody”, via Flickr / Wikimedia Commons · Source · CC BY-SA 2.0
Un dinar de la série de 1939 : le jeune Fayçal II succède aux portraits de Fayçal Ier et de Ghazi
Un dinar de la série de 1939 : le jeune Fayçal II succède aux portraits de Fayçal Ier et de Ghazi. Iraqi Currency Board; scan: ImAhmedYousif · Source · Public domain (PD-Iraq), as stated on the file page

Royal Mint Museum · Overseas coinage

06 / IRAQ1947–1959 : une banque nationale, puis la République

La création de la Banque nationale d’Irak en 1947 marque une nouvelle étape. Il faut la distinguer du transfert effectif des responsabilités d’émission, intervenu en 1949 avec la disparition du Currency Board. La dénomination « Banque centrale d’Irak » est adoptée par la loi de 1956. Trois dates, donc, pour la naissance d’une institution, la reprise d’une fonction et un changement de nom.

Le renversement de la monarchie, le 14 juillet 1958, transforme ensuite le langage des billets. Le portrait royal cède la place à l’emblème républicain. Le dinar du type de 1959 reproduit ici en offre un exemple particulièrement lisible : étoile et symboles occupent la place laissée par le souverain. Au revers, l’activité portuaire donne une autre image du pays, tournée vers les équipements et les échanges.

Un détail invite à lire les billets avec méthode. La fiche de l’exemplaire porte la date « 1959 », mais sa signature est celle de Khairuddin Haseeb. Cette indication désigne un type monétaire et ne suffit pas, à elle seule, à dater chaque impression. Collectionner une série, c’est aussi comparer les signatures, les numéros et les variantes. La date d’un dessin, celle d’une loi et celle d’une mise en circulation peuvent être différentes.

Un dinar du type républicain de 1959
Un dinar du type républicain de 1959. L’exemplaire porte la signature de Khairuddin Haseeb : le millésime du type ne date pas nécessairement ce tirage. Central Bank of Iraq; collection/digitisation: Mohammdaon · Source · Public domain (PD-Iraq), as stated on the file page
Le revers du type de 1959 met en scène une activité portuaire : le travail et les équipements entrent dans le récit monétaire
Le revers du type de 1959 met en scène une activité portuaire : le travail et les équipements entrent dans le récit monétaire. Central Bank of Iraq; collection/digitisation: Mohammdaon · Source · Public domain (PD-Iraq), as stated on the file page

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07 / IRAQLe pays en images : champs, ports et patrimoine

Les émissions républicaines ne se résument pas à un changement d’emblème. Elles donnent une place aux monuments, aux activités productives et aux équipements. Le quart de dinar de 1973 montre des silos : la monnaie diffuse une image de stockage, d’approvisionnement et d’organisation agricole. Ce paysage est aussi parlant qu’un portrait, car il sélectionne ce que l’État souhaite rendre visible de son action et du pays.

L’exemplaire reproduit est présenté comme un billet de remplacement à préfixe RR. Dans la fabrication fiduciaire, les billets écartés lors du contrôle peuvent être compensés par des exemplaires relevant d’une numérotation de remplacement. Ce mécanisme industriel ne crée pas une autre devise ni une nouvelle valeur faciale. Il explique pourquoi un détail apparemment secondaire peut intéresser particulièrement les collectionneurs.

La Banque centrale rappelle que les anciennes émissions internationales ont notamment été produites par De La Rue, entreprise britannique, et par l’imprimeur soviétique cité dans sa notice. Les circonstances de fabrication varient selon les séries. Le nom d’un pays attaché familièrement à un billet ne doit donc jamais tenir lieu d’identification de son imprimeur. Cette précaution sera essentielle pour comprendre l’expression « dinar suisse ».

Quart de dinar de 1973, exemplaire de remplacement identifié comme préfixe RR par la fiche de collection
Quart de dinar de 1973, exemplaire de remplacement identifié comme préfixe RR par la fiche de collection. Les silos composent un paysage de modernisation. Central Bank of Iraq; scan from a friend’s collection · Source · PD-Iraq

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08 / IRAQGuerres et sanctions : quand le papier se multiplie

La guerre Iran–Irak de 1980–1988, l’invasion du Koweït en 1990, puis la guerre du Golfe de 1991 et les sanctions imposent au pays des ruptures profondes. Pour la monnaie, le problème n’est pas seulement celui du dessin des billets : il concerne les recettes publiques, les importations, la production et la manière de financer les dépenses. La multiplication des émissions accompagne une forte perte de pouvoir d’achat.

Les difficultés d’accès à l’impression fiduciaire étrangère favorisent la fabrication de billets de moindre qualité. La Banque centrale cite la production locale à Dar al-Nahrain. Les coupures portant Saddam Hussein deviennent caractéristiques de cette période, sans que sa présence sur un billet suffise à dater précisément un exemplaire. La qualité du papier et des dispositifs de sécurité compte : un billet doit rester reconnaissable, résister à l’usage et être difficile à contrefaire.

Pour les familles et les commerçants, l’inflation change l’échelle du quotidien. Quand les prix augmentent, une petite coupure cesse de rendre le même service ; il faut davantage de papier pour régler un achat. La valeur inscrite et la capacité d’achat se séparent. Les anciens cours officiels ne décrivent alors plus nécessairement les conditions auxquelles les habitants obtiennent réellement des devises ou des marchandises.

Central Bank of Iraq · Institutional history · Mervyn King · The Institutions of Monetary Policy (2004), pp. 12–16

09 / IRAQLe « dinar suisse » : une monnaie sans nouvel émetteur

Dans le Kurdistan irakien, les anciennes coupures continuent à circuler alors qu’un autre ensemble de billets se développe dans les régions contrôlées par Bagdad. Le retrait du billet de 25 dinars en 1993 est un moment décisif : les habitants du Nord ne peuvent pas participer à l’échange dans les mêmes conditions. L’ancienne monnaie poursuit donc sa vie dans une économie désormais séparée de fait.

L’expression « dinar suisse » désigne ces anciennes émissions. Elle ne signifie ni qu’il s’agit du franc suisse, ni que la Banque nationale suisse les garantit. Dans son étude de 2004, Mervyn King rattache ce surnom à la fabrication des plaques d’impression en Suisse, tout en rappelant l’impression des billets par De La Rue. Il s’agit d’une explication attribuée, pas d’une raison de déclarer toutes les anciennes séries « imprimées en Suisse ».

Le paradoxe est remarquable : sans réapprovisionnement par un émetteur actif, ces billets demeurent acceptés. Leur quantité est limitée, tandis que les nouvelles coupures se multiplient ailleurs. Mais la rareté n’explique pas tout. Les usages communs et les attentes concernant l’avenir politique contribuent aussi à leur valeur. Les deux dinars finissent par avoir des pouvoirs d’achat et des rapports au dollar distincts. Le même nom ne désigne plus une même réalité monétaire.

Mervyn King · The Institutions of Monetary Policy (2004), pp. 12–16

10 / IRAQ2003–2004 : réunifier les espèces et les paiements

Après la chute du régime en 2003, une réforme cherche à fournir une monnaie commune à l’ensemble du pays. Annoncée le 7 juillet, l’opération d’échange se déroule du 15 octobre 2003 au 15 janvier 2004. Ces dates permettent de corriger un raccourci fréquent : le remplacement n’a pas été accompli « au début de 2003 ».

Deux règles sont appliquées. Un dinar de la série courante dite « Saddam » est échangé contre un nouveau dinar ; un dinar « suisse » contre 150 nouveaux dinars. Il ne s’agit donc pas d’une suppression uniforme de zéros. La réforme rapproche deux systèmes dont les valeurs avaient divergé. Un exemple purement arithmétique : 10 dinars « suisses » donnent 1 500 nouveaux dinars ; 10 dinars de l’autre ensemble donnent 10 nouveaux dinars.

Le chantier est aussi matériel : acheminer les nouvelles coupures, les distribuer, recueillir et détruire les anciennes, tout en vérifiant leur authenticité. Le FMI souligne l’utilité d’une gamme plus variée et de meilleures protections contre les faux. Son bilan de 2004 compte six coupures au lancement, alors que des rétrospectives regroupent ensuite une gamme élargie. Cette différence rappelle qu’un catalogue doit préciser l’étape qu’il décrit.

La nouvelle monnaie fait place au patrimoine et aux paysages. La réforme ne remplace pas la reconstruction des institutions, mais elle rend à nouveau possible un langage commun pour les règlements en espèces à travers le pays.

IMF · New Iraqi banknotes, 7 July 2003 · IMF · Iraq, Country Report 04/325 · Mervyn King · The Institutions of Monetary Policy (2004), pp. 12–16

11 / IRAQLire les billets : un atlas culturel en poche

Les séries issues de la réforme font dialoguer sciences, monuments et territoires. Le billet de 250 dinars rapproche un astrolabe du minaret hélicoïdal de Samarra ; celui de 500 dinars associe le barrage de Dukan au taureau ailé. L’objet monétaire traverse ainsi les époques : héritage ancien, savoirs savants et équipements modernes composent un même récit national.

Le billet de 5 000 dinars réunit la cascade de Gali Ali Beg et la forteresse d’al-Ukhaïdir. Le revers des 10 000 dinars présente al-Hadba, le célèbre minaret de Mossoul, tandis que l’avers a changé au cours des éditions : Ibn al-Haytham dans la série initiale, le Monument de la Liberté dans les versions ultérieures décrites par la Banque centrale. On ne doit pas attribuer à toutes les dates l’iconographie d’une seule série.

Le billet de 25 000 dinars fait place à une figure féminine agricole et à Hammurabi. La référence à la stèle ne fait pas du souverain babylonien l’inventeur du dinar : elle relie l’Irak à une histoire du droit et du patrimoine. Sur les éditions révisées, certains détails agricoles évoluent également. Lire un billet suppose donc de regarder ses deux faces et son millésime.

En 2018, le billet de 1 000 dinars remplace le motif du dinar islamique par l’emblème lié à l’inscription des marais et sites du sud de l’Irak au patrimoine mondial. Le revers conserve l’école al-Mustansiriya de Bagdad. Cette modification précise montre comment un billet peut incorporer une reconnaissance patrimoniale récente sans changer d’unité monétaire.

Central Bank of Iraq · Banknotes and designs · Central Bank of Iraq · Statement, 7 October 2018

12 / IRAQFils, grandes coupures et continuité du dinar

Le dinar conserve sa subdivision en mille fils, mais une subdivision comptable n’a pas nécessairement de présence dans la poche des habitants. L’inflation a déplacé l’échelle des paiements vers des montants qui rendent les anciennes petites pièces peu utiles. Les fils d’un catalogue ancien renseignent sur un autre niveau de prix et un autre paysage de circulation.

Deux événements de 2015 illustrent l’ajustement matériel des espèces : le billet de 50 dinars est retiré le 1er mai, et une coupure de 50 000 dinars complète la gamme au cours de l’année. La première opération supprime une petite coupure devenue peu commode ; la seconde permet de porter une somme avec moins de papier. Ni l’une ni l’autre ne crée une nouvelle monnaie. Le billet de 50 000 dinars met notamment en valeur une roue à eau et des palmiers, puis les marais et la géographie fluviale.

Pour une histoire de la monnaie, la distinction est essentielle : changer un dessin, augmenter la valeur maximale d’un billet, retirer une coupure et remplacer une unité sont quatre opérations différentes. Le dinar irakien offre des exemples de ces transformations, mais toutes ne constituent pas une « réforme » de même nature. Son histoire se lit dans la relation entre les institutions, les objets et la confiance de ceux qui les utilisent.

Central Bank of Iraq · Banknotes and designs

13 / IRAQRepères pour ne pas confondre les époques

Une chronologie des changements de fonction et d’image
DateCe qui changeCe qui mérite attention
Avant les piècesComptes en orge et en argentUne unité de poids n’est pas une pièce frappée.
Époque abbassideBagdad, atelier de Madīnat al-SalāmLe dinar d’or et le dirham d’argent ne sont pas la devise moderne.
1931 / 1932Currency Board / circulation du dinarCréation légale et émission se distinguent.
1947 / 1949 / 1956Banque nationale / transfert de l’émission / nom de Banque centraleTrois étapes institutionnelles.
1958–1959République et nouvelle iconographieLe dinar conserve son nom.
Années 1990Deux ensembles monétairesLe « suisse » n’est pas un franc suisse.
2003–2004Échange et réunification1 pour 1 ; 150 pour 1 selon les anciennes émissions.
2015 / 2018Évolution des coupures et des dessinsLa même unité demeure.

Du poids d’argent au billet de grande valeur, ces objets conservent plusieurs mémoires à la fois : celles du commerce, de la souveraineté, des métiers de fabrication et des paysages choisis pour représenter le pays. Un portrait effacé ou un monument réintroduit ne résume jamais à lui seul l’histoire des habitants. Leur juxtaposition permet pourtant d’en saisir les changements avec une précision que les seuls chiffres ne donnent pas.

Sources et crédits

Recherche arrêtée au 15 octobre 2026. Les descriptions des billets récents distinguent les éditions ; elles ne constituent pas un inventaire de toutes les variantes.

  1. British Museum · Money Gallery
  2. Marvin A. Powell · Money in Mesopotamia (1996)
  3. Ashmolean Museum · Dirham, Madīnat al-Salām
  4. The Metropolitan Museum · Baghdad coin, 1808–1810
  5. Central Bank of Iraq · Institutional history
  6. Central Bank of Iraq · Currency formation
  7. Royal Mint Museum · Overseas coinage
  8. Mervyn King · The Institutions of Monetary Policy (2004), pp. 12–16
  9. IMF · Iraq, Country Report 04/325
  10. IMF · New Iraqi banknotes, 7 July 2003
  11. Central Bank of Iraq · Banknotes and designs
  12. Central Bank of Iraq · Statement, 7 October 2018
  13. Wikimedia Commons · Iraqi currency copyright

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