Un portrait royal, un forum antique, un projet d’irrigation : les premiers dinars rassemblent déjà plusieurs histoires de la Jordanie. Pour les comprendre, il faut suivre les monnaies sur ce territoire bien avant la naissance du royaume, puis distinguer les dates de la loi, de la fabrication et de la circulation.
1er juillet 1950Entrée en circulation du dinar jordanien
01 / JODPétra : le métal au carrefour des caravanes
Bien avant le royaume hachémite, les territoires de la Jordanie actuelle appartiennent à un espace d’échanges reliant l’Arabie, la Syrie et la Méditerranée. Il serait trompeur d’imaginer une « monnaie jordanienne » antique : les frontières nationales sont beaucoup plus récentes. Les objets monétaires permettent cependant de suivre les pouvoirs et les réseaux commerciaux qui ont façonné ces terres.
Les Nabatéens donnent à cette histoire l’un de ses premiers visages reconnaissables. Leur capitale, Raqmu — Pétra — contrôle des passages essentiels du commerce caravanier. Encens, aromates et autres marchandises précieuses traversent un monde où la monnaie facilite paiements, prélèvements et accumulation de richesse, sans remplacer toutes les formes d’échange. Les pièces nabatéennes en argent et en bronze témoignent d’un royaume intégré aux pratiques hellénistiques, puis capable d’affirmer son propre langage.
Un portrait qui voyage plus loin qu’un souverain
Sous Arétas IV, qui règne de 9 avant notre ère à 40 de notre ère, l’effigie royale se diffuse sur les monnaies. Certaines émissions associent le souverain à une reine ; d’autres présentent une figure debout ou des cornes d’abondance. Les légendes nabatéennes et les images donnent à ces petites surfaces un rôle politique : elles rendent l’autorité visible dans les transactions. Le bronze illustré ici, attribué à 3 avant notre ère, montre un portrait et une figure debout ; il ne faut pas lui attribuer les deux portraits d’un autre type.
La frappe est notamment associée à Pétra, tandis que l’expansion du royaume a aussi conduit à des émissions à Damas. En 106, l’intégration du royaume dans la province romaine d’Arabie met fin au monnayage royal nabatéen. Elle ouvre une autre histoire monétaire, dans laquelle monnaies impériales et frappes provinciales relient les villes de la région à un ensemble plus vaste. [1] [2]

02 / JODDes empires au nom « dinar »
Les périodes romaine et byzantine superposent plusieurs niveaux monétaires : or pour de grands paiements et certaines obligations publiques, argent selon les époques, cuivre ou bronze pour des transactions plus modestes. Une pièce trouvée dans une ville ne prouve toutefois pas qu’elle y a été fabriquée. Provenance archéologique, atelier et zone de circulation répondent à trois questions différentes.
Les conquêtes arabes du VIIe siècle entraînent une transition progressive. Les premiers pouvoirs musulmans réemploient et adaptent des formes monétaires antérieures, puis affirment leurs propres émissions. À la fin du VIIe siècle, sous le calife omeyyade Abd al-Malik, le dinar d’or porte un programme d’inscriptions arabes. Le British Museum conserve un exemplaire daté de 77 de l’hégire, soit 696–697, pesant 4,25 grammes. L’image impériale laisse ici place à l’écriture et à la profession de foi. [3]

Un héritage de vocabulaire, pas une parité millénaire
Le nom dinar renvoie au latin denarius [14], transmis et transformé à travers les langues et les systèmes monétaires. Le dinar jordanien du XXe siècle reprend un nom prestigieux de l’histoire monétaire arabe et islamique. Il ne rétablit ni le poids ni la convertibilité d’un dinar omeyyade. La photographie présente donc un antécédent régional du nom, et non une ancienne émission du royaume jordanien.
Les siècles suivants voient se succéder pouvoirs et espèces. Sous les Ottomans, la région appartient à des circuits où les monnaies impériales et les pratiques locales se rencontrent. La réforme de 1844 établit la livre ottomane dans un système articulé autour de la piastre ou kuruş. Ce vocabulaire laisse une empreinte durable : le qirsh reste un nom de subdivision dans la Jordanie moderne. Mais la parenté des mots ne signifie pas que les anciennes pièces ont conservé la même valeur. [4]
03 / JODLa livre de Palestine : une monnaie partagée
La fin de l’Empire ottoman et la recomposition du Proche-Orient après la Première Guerre mondiale bouleversent le cadre des paiements. L’émirat de Transjordanie se constitue en 1921 sous Abdallah. Avant la création d’une monnaie nationale, les habitants utilisent des espèces appartenant à un espace régional, où la livre égyptienne a notamment joué un rôle.
En 1927, le Palestine Currency Board introduit une livre de Palestine utilisée aussi en Transjordanie. L’unité se divise en 1 000 mils et s’inscrit dans le cadre de la livre sterling. Le billet ci-dessous, daté de 1939, rassemble inscriptions anglaises, arabes et hébraïques et une représentation du Dôme du Rocher. Sa circulation transjordanienne ne fait pas de lui une émission de l’émirat : l’autorité inscrite sur le papier est bien le Palestine Currency Board.

Ce système laisse deux héritages au futur dinar. Le premier est pratique : une unité divisée en mille petites subdivisions. Le second est institutionnel : un conseil monétaire qui émet contre des réserves extérieures. Dans ce dispositif, les billets ne sont pas librement créés pour financer n’importe quelle dépense intérieure ; leur émission dépend d’une couverture en actifs libellés en sterling. La monnaie relie ainsi les paiements locaux à un centre de décision et à des réserves situés hors du pays.
L’indépendance du royaume en 1946 ne change pas immédiatement les espèces en poche. Préparer une monnaie nécessite une loi, une institution, des stocks et un dispositif d’échange. Le passage de la livre au dinar sera donc organisé quelques années après l’indépendance, à valeur nominale égale. [5] [6]
04 / JOD1950 : le dinar entre dans les mains
La loi monétaire no 35 de 1949 prépare le changement. Elle institue le Jordan Currency Board, chargé d’émettre la monnaie du royaume. Installé d’abord à Londres, ce conseil donne au nouvel État ses propres billets tout en conservant une organisation largement héritée du modèle précédent.
Le 1er juillet 1950, le dinar jordanien entre en circulation à raison d’un dinar pour une livre de Palestine. Il ne s’agit donc pas d’effacer des zéros ou d’imposer une perte nominale aux détenteurs de l’ancienne monnaie. Les échanges se déroulent pendant une transition ; l’usage de la livre de Palestine cesse dans le royaume le 30 septembre 1950. La Banque mondiale décrit précisément ce remplacement dans son étude contemporaine du développement jordanien. [5]

La couronne, le roi et le paysage
La première émission du conseil comprend les valeurs de ½, 1, 5, 10 et 50 dinars. Les quatre valeurs entières portent le portrait d’Abdallah Ier. Le demi-dinar se distingue par le projet d’irrigation de Wadi al-Arab : dès l’origine, les billets ne parlent pas seulement de souveraineté, mais aussi du travail de la terre et de l’aménagement du pays.
Le billet d’un dinar associe le portrait royal à un décor architectural et ornemental ; son revers montre le forum de Jérash. Le pays moderne s’y présente comme dépositaire d’un patrimoine plus ancien que lui. Dans la vie quotidienne, ces images circulent entre des mains qui n’ont pas nécessairement accès aux monuments eux-mêmes. Le billet devient un petit paysage partagé.

La datation demande de la prudence. Un fichier de collection intitulé « 1949 » peut renvoyer au texte légal ou à la préparation de l’émission, sans prouver une mise en circulation cette année-là. La même vigilance vaut pour les pièces : le Royal Mint Museum précise que les premières monnaies nationales sont datées de 1949 mais émises en 1950. L’objet, la loi et la mise à disposition du public ont chacun leur chronologie. [6] [7]
05 / JODFils, piastres et ateliers : la monnaie du quotidien
Le dinar se divise en 1 000 fils, soit 100 qirsh ou piastres. Ainsi, 10 fils représentent une piastre, 250 fils un quart de dinar et 500 fils un demi-dinar. Ces équivalences expliquent pourquoi des pièces apparemment différentes par leur vocabulaire appartiennent au même système. Elles aident aussi à lire des prix exprimés avec trois décimales : la troisième position correspond aux fils.
La première série métallique réunit 1, 5, 10, 20, 50 et 100 fils. Le Royal Mint britannique en assure la fabrication. La couronne et les inscriptions arabes occupent une face ; l’anglais indique sur l’autre le pays et la valeur. Le petit 1 fil de la première commande conserve même une curiosité : le musée du Royal Mint explique qu’un malentendu sur le singulier arabe conduit à écrire « 1 fil », corrigé en « 1 fils » lors de commandes ultérieures. Il s’agit d’une particularité de légende, pas d’une nouvelle subdivision. [7]

Le toucher aussi raconte l’histoire
En 1968, l’effigie de Hussein remplace la couronne sur une nouvelle série. Plus tard, changements de diamètre, de portrait, de métal et de silhouette accompagnent les transformations des besoins en petite monnaie. La pièce bimétallique d’un demi-dinar apparaît en 1997 ; son contour à sept lobes offre un autre repère que la couleur. Après l’accession d’Abdallah II en 1999, son portrait apparaît sur des pièces à partir de 2000.
Dans une poche ou sur un comptoir, reconnaître une pièce ne repose donc pas uniquement sur un chiffre. Le poids, le bord et le contraste entre deux métaux participent à l’identification. Le passage de certaines petites valeurs du papier au métal change aussi la durée de vie des espèces et la manière de rendre la monnaie.
Il convient enfin de distinguer émettre et fabriquer. L’autorité jordanienne décide des valeurs, des images et du statut de ses espèces ; un atelier étranger peut exécuter la commande. Les liens documentés avec le Royal Mint ne signifient ni une émission britannique ni que toutes les pièces de toutes les périodes proviennent d’un seul atelier. [6]
06 / JOD1959, 1964, 1965 : trois dates pour une banque centrale
Le conseil monétaire a permis d’installer le dinar, mais son cadre ne répond pas à toutes les ambitions d’un État qui développe son système bancaire. Une banque centrale doit pouvoir veiller à la monnaie et au crédit, agir auprès des banques et gérer les réserves dans une organisation nationale plus complète.
La loi de 1959 prépare la création de la Banque centrale de Jordanie. Celle-ci commence ses opérations le 1er octobre 1964. Le 4 août 1965, elle met en circulation sa première série de billets à son nom, portant le portrait de Hussein. Distinguer ces étapes évite de faire naître la banque et ses billets le même jour. [8] [6]

Les mots imprimés sont ici décisifs. Un portrait de Hussein ne suffit pas à identifier l’émetteur : le roi figure déjà sur des billets du Currency Board. Il faut lire la mention de l’autorité, puis examiner les signatures, la date légale éventuelle et les éléments de sécurité. Une date « 1959 » associée à un billet de la banque centrale ne doit donc pas être transformée automatiquement en date de première circulation.
L’institution nouvelle ne crée pas un autre dinar. Comptes, prix et contrats restent exprimés dans la même unité ; c’est le cadre de l’émission qui évolue. Cette continuité explique pourquoi l’histoire du dinar comporte beaucoup de changements de dessins et de séries, mais pas une succession de monnaies entièrement nouvelles.
07 / JODLes billets, un patrimoine en circulation
Les premières générations de billets proposent une géographie choisie. Jérash rappelle l’héritage urbain de l’Antiquité ; Pétra donne une profondeur nabatéenne au récit national ; le Dôme du Rocher inscrit Jérusalem dans un horizon historique et religieux. L’irrigation et les scènes agricoles évoquent un pays qui construit aussi son avenir matériel. Il ne faut pas lire ces représentations comme une carte administrative : une image peut exprimer une mémoire, un lien religieux ou une ambition culturelle.

Le Trésor de Pétra, dont la façade se prête particulièrement à la gravure, figure sur des billets de cinq dinars. Son surnom de « Trésor » ne prouve pas qu’il s’agissait d’une banque antique. Le monument devient une image immédiatement reconnaissable, traduite en lignes, ombres et motifs imprimés. Le billet permet ainsi de comparer deux formes d’art : l’architecture taillée dans le grès et son interprétation miniature sur papier.
Changer de série sans changer de monnaie
La banque centrale renouvelle ses billets en 1974, puis à partir de 1992. La valeur de vingt dinars complète la deuxième série en 1978. Les évolutions portent sur la gamme, les dimensions, les couleurs, la lisibilité et la protection contre les faux. À chaque étape, le lecteur doit distinguer la date d’introduction d’une série de celle de chacune de ses coupures.
Le demi-dinar de papier des anciennes familles et le demi-dinar métallique de générations suivantes montrent une autre transformation : une même valeur peut changer de support. Pour le collectionneur comme pour l’historien, le passage du papier à la pièce ne constitue pas une dévaluation en soi. Il traduit un choix de fabrication, de résistance et d’usage. [9] [6]
08 / JODUn dinar, plusieurs espaces de mémoire
L’histoire monétaire du royaume est liée aux déplacements de populations et aux transformations territoriales du XXe siècle. Après la guerre de 1948 et l’annexion de la Cisjordanie par la Jordanie en 1950, le dinar y remplace aussi la livre de Palestine. Cette annexion, dont la reconnaissance internationale fut limitée, ne doit pas être racontée comme un simple ajustement technique.
La guerre de 1967 met fin à l’administration jordanienne de la Cisjordanie, qui passe sous occupation israélienne. La circulation d’une monnaie ne s’arrête pourtant pas toujours avec un changement d’autorité. Le dinar conserve des usages dans les paiements, les contrats et les banques. Les publications de l’Autorité monétaire palestinienne et du FMI documentent ensuite une économie utilisant plusieurs devises, notamment le shekel israélien, le dollar américain et le dinar jordanien. [10]
Cette histoire explique pourquoi les paysages des billets débordent une lecture strictement frontalière. Elle invite aussi à distinguer souveraineté, cours légal, habitudes commerciales et monnaie de compte. Ces notions peuvent se recouvrir, mais elles ne sont pas identiques.
Dans le même temps, les effigies hachémites racontent une autre continuité. Hussein, roi de 1952 à 1999, est longtemps le visage le plus familier du papier jordanien. Les familles plus récentes réunissent plusieurs générations de la dynastie. La monnaie prend alors la forme d’un récit transmis par petites images : chaque coupure contribue à une mémoire d’ensemble, sans que tous les personnages représentés aient exercé la même fonction ni régné sur le même territoire.
09 / JODDe la crise de 1988–1989 à l’ancrage de 1995
La permanence du nom dinar ne signifie pas que sa valeur extérieure est restée immuable. Les liens initiaux avec la sterling ont laissé place à d’autres arrangements. À la fin des années 1980, les difficultés de dette extérieure et de réserves s’accompagnent d’une forte dépréciation du dinar. La crise de 1988–1989 affecte les finances publiques, les banques et les ménages ; ses conséquences sociales ne peuvent être ramenées à un mouvement abstrait de cours.
Pour une famille qui dépend de biens importés, la baisse de la monnaie renchérit des dépenses concrètes. Pour une entreprise endettée en devise étrangère, elle alourdit une dette exprimée en dinars. Ces mécanismes expliquent l’importance politique accordée à la stabilité monétaire, sans faire de celle-ci une garantie automatique de prospérité pour tous.
Les programmes d’ajustement et les réformes des années suivantes sont étudiés rétrospectivement par le Bureau indépendant d’évaluation du FMI. Son rapport consacré à la période 1989–2004 permet de replacer les résultats et les limites des politiques dans une histoire documentée, plutôt que dans un récit de succès instantané. [11]
En octobre 1995, la banque centrale fixe l’ancrage du dinar au dollar américain, à une référence moyenne de 709 fils pour un dollar. Ce chiffre est ici un repère historique du régime monétaire, pas une offre de change. Il ne signifie ni parité un pour un avec le dollar, ni retour à une couverture identique au Currency Board de 1950.
La stabilité recherchée porte sur la relation à une devise de référence. Elle n’immobilise pas les prix intérieurs et n’empêche pas les relations avec les autres monnaies de varier. Le récit jordanien montre ainsi qu’une monnaie peut conserver son nom, ses subdivisions et ses portraits tout en changeant profondément de cadre institutionnel et de régime extérieur. [12]
10 / JOD2000–2003 : une famille de portraits
Le 27 janvier 2000, un billet de cinquante dinars à l’effigie d’Abdallah II entre en circulation. Il faut le distinguer du cinquante dinars de la première émission du Currency Board : une même valeur faciale peut réapparaître dans une autre famille, sous une autre autorité et avec une autre image.
La quatrième série de la banque centrale est déployée en 2002–2003. Elle répartit cinq figures entre cinq coupures : Hussein ben Ali sur un dinar, Abdallah Ier sur cinq, Talal sur dix, Hussein sur vingt et Abdallah II sur cinquante. Hussein ben Ali, chérif de La Mecque et roi du Hedjaz, appartient à l’histoire dynastique et à celle de la révolte arabe ; il ne faut pas le présenter comme un ancien roi de Jordanie.
Cette composition donne une place à Talal, dont le règne fut bref mais qui est associé à la Constitution de 1952. Les billets ne se contentent donc plus d’exposer le souverain régnant sur chaque valeur. Ils construisent une généalogie politique, dans laquelle des règnes de durées très différentes trouvent chacun une place.
Pour le lecteur, la comparaison la plus féconde oppose les fonctions des images : le portrait identifie une figure historique, le monument ou le paysage situe un patrimoine, les signatures engagent une autorité et les dispositifs techniques protègent l’objet. Le billet peut être lu à plusieurs niveaux sans confondre sa valeur faciale avec sa valeur de collection. [6]
11 / JOD2022–2023 : renouveler le papier, conserver le dinar
Après environ vingt ans, la cinquième série reprend les mêmes cinq figures et les mêmes valeurs : 1, 5, 10, 20 et 50 dinars. L’ambition annoncée par la banque centrale associe sécurité, résistance à l’usage et meilleure distinction des coupures, notamment pour les personnes aveugles ou malvoyantes. Ce renouvellement n’est pas un changement d’unité monétaire.
La première coupure, un dinar, est lancée le 26 décembre 2022. Le reste de la gamme arrive en 2023 dans un ordre qui ne suit pas les valeurs croissantes. La chronologie ci-dessous reprend les dates données par la banque centrale ; présenter toute la série comme ayant été émise en une seule journée ferait perdre une partie de cette histoire.
| Valeur | Portrait | Mise en circulation |
|---|---|---|
| 1 JOD | Hussein ben Ali | 26 décembre 2022 |
| 50 JOD | Abdallah II | 5 février 2023 |
| 20 JOD | Hussein | 21 mars 2023 |
| 10 JOD | Talal | 26 juillet 2023 |
| 5 JOD | Abdallah Ier | 16 août 2023 |
Des couleurs et des reliefs à lire ensemble
Une famille de billets doit fonctionner dans des situations très diverses : lumière faible, usure, reconnaissance rapide d’une valeur, lecture en arabe ou en anglais. La couleur et le grand chiffre sont des indices ; les marques tactiles et les éléments de sécurité en sont d’autres. La banque centrale publie des guides et des présentations pour chaque valeur, qui permettent d’examiner ces détails sur les documents d’origine.
Le choix de conserver les figures hachémites tout en renouvelant leur environnement graphique conjugue reconnaissance et changement. L’utilisateur retrouve une hiérarchie familière ; le fabricant introduit des moyens techniques plus récents. L’histoire d’un billet se joue donc aussi dans ces transformations peu spectaculaires, qui facilitent son usage et prolongent sa durée de circulation.
Les liens officiels permettent de consulter les reproductions contemporaines. Elles ne sont pas recopiées ici faute d’autorisation de réutilisation commerciale établie pour ces images et ces dessins. Les objets anciens reproduits dans le dossier restent identifiés comme tels : ils ne représentent pas la série de 2022–2023. [13] [6]
12 / JODL’olivier, la faune et la monnaie commémorative
Toutes les monnaies ne racontent pas la même chose. La série destinée à la circulation doit être immédiatement identifiable et disponible en quantité suffisante. La pièce commémorative peut privilégier un anniversaire, une réalisation ou un thème. Une émission de collection en métal précieux, même libellée en dinars, n’a donc pas nécessairement la même place dans les achats quotidiens qu’une petite pièce de fils.
Le quart de dinar de 1969 apporte un exemple parlant. Le Royal Mint Museum le relie au programme monétaire de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Son revers à l’olivier, dû à Michael Rizzello, donne à l’agriculture une image simple et durable. Il prolonge autrement le thème déjà présent sur le demi-dinar de papier consacré à l’irrigation. Ce type est également un rappel utile : une monnaie commémorative peut être destinée à la circulation.
En 1977, des monnaies jordaniennes participent aussi à la Conservation Coin Collection, menée en collaboration avec le WWF pour contribuer au financement de programmes de conservation. La faune entre ainsi dans un répertoire jusque-là dominé dans ce récit par les souverains, les édifices et les cultures. Le musée du Royal Mint documente aussi les créateurs de portraits : Philip Nathan, Geoffrey Colley, puis Robert Elderton pour les premières pièces d’Abdallah II. [7]
Ces émissions invitent à regarder la monnaie comme une œuvre collective. Le commanditaire choisit un message, le dessinateur le traduit, le graveur et l’atelier lui donnent une forme reproductible. Les noms des artistes permettent de relier les objets à une histoire de la fabrication, au-delà de la seule liste des rois.
Du bronze nabatéen aux billets récents, le fil conducteur n’est donc pas une pièce restée identique pendant deux millénaires. C’est la capacité d’une société à rendre une valeur reconnaissable, à nommer une autorité et à partager des images. Le dinar né en 1950 appartient pleinement à cette histoire longue, tout en demeurant une création monétaire moderne.
Repères chronologiques
- 106Fin du royaume nabatéen indépendant ; intégration romaine.
- 696–697Dinar omeyyade réformé, un antécédent du nom.
- 1927Livre de Palestine, également utilisée en Transjordanie.
- 1946Indépendance du royaume ; les espèces ne changent pas immédiatement.
- 1949–1950Loi et premières pièces datées 1949 ; circulation du dinar le 1er juillet 1950.
- 1964–1965Opérations de la banque centrale, puis ses premiers billets.
- 1968–1969Portrait de Hussein sur les pièces, puis quart de dinar à l’olivier.
- 1988–1989Crise monétaire et dépréciation.
- 1995Ancrage au dollar américain en octobre.
- 1997Première pièce jordanienne bimétallique : le demi-dinar.
- 2002–2003Quatrième série de billets de la banque centrale.
- 2022–2023Déploiement progressif de la cinquième série.
Sources et crédits
Sources consultées le 15 octobre 2026. Les photographies et leurs crédits sont conservés localement ; les liens documentaires nécessitent une connexion.
- The Metropolitan Museum of Art — Nabataean Kingdom and PetraRoutes caravanières et annexion romaine de 106.
- The Jordan Museum — Nabataean Coins: Political, Economic and Social IndicatorsAteliers et évolution du monnayage nabatéen.
- British Museum — Gold dinar, 1874,0706.1Dinar de 77 H / 696–697 ; 4,25 g.
- Şevket Pamuk — Ottoman Empire: from 1830 to 1914 (UCL)Réforme ottomane de 1844 et cadre monétaire.
- World Bank — The Economic Development of Jordan, chap. 8Échange de 1950 et couverture en sterling, p. 363 et suivantes.
- Central Bank of Jordan — IntroductionsChronologie officielle des émissions et des pièces ; dates de 2022–2023.
- Royal Mint Museum — Coins of JordanPremières pièces datées 1949, émises en 1950 ; ateliers, artistes et commémorations.
- Central Bank of Jordan — A Brief IntroductionLoi de 1959 et ouverture des opérations le 1er octobre 1964.
- Central Bank of Jordan — Issuance of BanknotesCatalogue officiel des billets et identification des paysages.
- IMF — West Bank and Gaza: Exchange rates (PMA metadata)Cadre de circulation de plusieurs devises, dont le dinar.
- IMF Independent Evaluation Office — IMF Support to Jordan, 1989–2004Rapport du 6 décembre 2005 ; crise et programmes d’ajustement.
- Central Bank of Jordan — 50 Years of AchievementsHistoire institutionnelle ; régimes de change et ancrage d’octobre 1995.
- Central Bank of Jordan — The Fifth IssueReproductions et documentation officielles des cinq coupures récentes.
- Ministerio de Cultura de España — Tesauro de Numismática: DinarÉtymologie et définition du nom dinar.
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