RSD · Serbie

Le dinar serbe

Argent médiéval, papier yougoslave et figures de la science : les métamorphoses du dinar.

  1. XIIIeDinars d’argent
  2. 1868Le retour du cuivre
  3. 1873Le dinar officiel
  4. 1884Le premier billet
  5. 1994La stabilisation
  6. 2003La signature NBS

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Avant le dinar : un carrefour de monnaies

Dans une collection de monnaies serbes, un denier romain peut côtoyer une petite pièce d’argent médiévale, un portrait de prince en cuivre et un billet dont la valeur atteint cinq cents milliards. Ces objets ne racontent pas la survie d’un système unique : ils montrent comment une même région a traversé plusieurs mondes monétaires. Le nom dinar relie certaines de ces époques ; les métaux, les institutions et les territoires qu’il désigne ont profondément changé.

Bien avant les premiers souverains serbes, les échanges des Balkans font circuler des monnaies grecques, macédoniennes, romaines, puis byzantines. Le Danube est une voie de commerce et une frontière militaire. Les pièces suivent les marchands, les armées et les prélèvements fiscaux. Les trouvailles conservées par la Banque nationale de Serbie comprennent ainsi des monnaies d’Athènes, de Philippe II de Macédoine et d’Alexandre le Grand, puis un vaste ensemble romain.

Le denarius, denier d’argent romain, est l’ancêtre linguistique du mot dinar. Cette parenté de nom ne signifie pas qu’un dinar contemporain soit convertible en une quantité héritée d’argent romain. Elle témoigne de la longue circulation d’un vocabulaire monétaire entre langues et civilisations. Après Rome, Byzance imprime durablement sa marque aux Balkans : ses images impériales et religieuses constituent aussi un répertoire auquel les premiers monnayages serbes vont emprunter.

Repères documentaires : [1], [2].

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L’argent des mines et des rois · XIIIe–XVe siècles

La Banque nationale relève une mention de « dinars serbes » dans des archives de la fin de 1214, au temps de Stefan le Premier-Couronné. Elle distingue cette mention écrite des premières frappes attribuées avec assurance à un souverain : celles du roi Radoslav, dans le premier tiers du XIIIe siècle. Une date dans une archive et une pièce conservée ne sont pas deux preuves de même nature. Cette distinction évite de transformer 1214 en acte de naissance parfaitement documenté d’une série monétaire.

L’essor du dinar médiéval repose sur l’argent. Les centres miniers de Brskovo, Rudnik, Novo Brdo ou Trepča alimentent une production monétaire liée aux routes commerciales des Balkans et de l’Adriatique. Le métal extrait doit être affiné, préparé en flans, puis frappé entre des coins gravés. La proximité des mines et des ateliers rend visible le lien entre ressources, savoir-faire artisanal et pouvoir politique.

Dinar d’argent serbe du XIIIe siècle, de type matapan ; collection du Bode-Museum.
Dinar d’argent serbe du XIIIe siècle, de type matapan ; collection du Bode-Museum. Image redimensionnée et optimisée.Daderot · CC0 1.0 · Source et droits

Les images sont un langage d’autorité. Un roi, un saint, une croix ou le Christ en majesté ne sont pas de simples ornements : ils désignent le pouvoir qui garantit la pièce et l’inscrivent dans un univers chrétien partagé. Le dinar de type matapan illustré ici rappelle les compositions des gros d’argent vénitiens. L’influence byzantine et celle de l’Adriatique ne s’excluent pas ; elles disent la place de la Serbie dans plusieurs réseaux.

Sous Stefan Dušan, roi de 1331 à 1346 puis empereur jusqu’en 1355, les émissions se multiplient et la titulature exprime l’extension des ambitions souveraines. Plus tard, la fragmentation du pouvoir se lit également dans la diversité des autorités émettrices. Les despotes Stefan Lazarević et Đurađ Branković appartiennent aux dernières grandes étapes du monnayage médiéval serbe.

Il ne faut pas enfermer ces ateliers dans une carte nationale actuelle : les territoires, les souverainetés et les réseaux marchands médiévaux ont leurs propres géographies. Une pièce peut ainsi raconter une histoire serbe tout en ayant été frappée dans une ville située aujourd’hui dans un autre État. La notice du British Museum sur une monnaie de Stefan Uroš V frappée à Cattaro, l’actuelle Kotor, en fournit un exemple concret.

Sources : [1], [2], [3].

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Des espèces ottomanes au retour d’une monnaie nationale

La chute du despotat serbe en 1459 marque une rupture politique majeure. Durant la domination ottomane, la monnaie ne disparaît évidemment pas : d’autres autorités en organisent l’émission. Des ateliers ottomans fonctionnent notamment à Novo Brdo, Kučajna et Belgrade. Les collections montrent aussi la présence de monnaies européennes. Ce paysage mêlé rappelle qu’un espace commercial peut utiliser plusieurs espèces sans posséder une unité nationale au sens moderne.

Le mot para, venu de la monnaie ottomane, survivra dans la subdivision du dinar rétabli : un dinar comprend cent paras. Dans le nom de l’unité et celui de sa fraction se superposent ainsi deux héritages différents. C’est un détail discret, mais particulièrement parlant pour comprendre la profondeur historique d’un vocabulaire familier.

Au XIXe siècle, l’autonomie puis l’affirmation internationale de la principauté rendent à nouveau possible une monnaie portant l’image du souverain serbe. La première étape n’est pas une grande pièce d’argent : en 1868 apparaissent des pièces de cuivre de 1, 5 et 10 paras au portrait du prince Mihailo Obrenović III. Le cuivre sert aux petites transactions et donne au pouvoir une présence quotidienne, jusque dans les achats les plus modestes.

10 paras au millésime 1868 : le portrait de Mihailo III précède le retour du dinar d’argent.
10 paras au millésime 1868 : le portrait de Mihailo III précède le retour du dinar d’argent. Image redimensionnée et optimisée.Aʀvєδuι (Arvedui89), photographie ; Anton Scharff, dessin monétaire · CC BY-SA 4.0 · Source et droits

La pièce de 10 paras porte son portrait, la valeur et le millésime dans une composition immédiatement lisible. L’objet permet de distinguer le retour d’un monnayage national et la définition ultérieure du dinar d’argent : ces deux étapes appartiennent à la même reconstruction, mais elles ne se produisent pas la même année.

Sources : [1], [4].

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1873–1882 : le dinar retrouve son nom

Le 12 décembre 1873, selon la date commémorée par la Banque nationale, la loi sur la frappe de la monnaie d’argent serbe établit le dinar comme unité officielle de la principauté. Les pièces d’argent sont ensuite frappées en 1875. Il est donc utile de retenir trois jalons : cuivre en 1868, définition légale en 1873, réalisation du monnayage d’argent en 1875. Les confondre efface la manière progressive dont se construit un système monétaire.

Sous Milan Obrenović, les nouvelles pièces inscrivent la Serbie dans un environnement européen où les normes du franc et de l’Union monétaire latine servent de référence. Adopter des caractéristiques compatibles facilite la comparaison des espèces. Cela ne fait pas pour autant de la Serbie un membre formel de cette union : l’alignement technique et l’adhésion à un traité sont deux choses différentes.

Après la reconnaissance internationale de l’indépendance au congrès de Berlin de 1878, une pièce d’or de 20 dinars est émise en 1879. Puis, lorsque la Serbie devient un royaume en 1882, les émissions en or donnent à voir le nouveau rang de Milan. Le portrait, le titre du souverain et les armes ne font pas qu’identifier l’émetteur : ils proposent une représentation de l’État à ceux qui manipulent ses espèces.

Le métal reste essentiel, mais il ne suffit plus. Le commerce, le crédit et les finances publiques appellent une institution capable d’émettre du papier et de soutenir une circulation plus souple. Le prochain changement sera donc moins visible dans une couronne ou une effigie que dans une promesse imprimée.

Sources : [4], [5], [6].

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1884 : apprendre à faire confiance au papier

Fondée en 1884, la Banque nationale privilégiée du Royaume de Serbie s’inspire de la Banque nationale de Belgique. Elle associe des capitaux privés nationaux à une surveillance de l’État. La loi fondatrice a été ratifiée en 1883 ; l’établissement et le début de ses opérations appartiennent à l’année suivante. Cette organisation n’est donc pas encore celle d’une banque centrale publique contemporaine.

Le premier billet serbe mis en circulation est un 100 dinars de 1884, payable en or. Son montant élevé limite son utilité dans les échanges ordinaires. La confiance dans le papier ne se décrète pas seulement : il faut aussi des coupures adaptées aux achats et aux règlements. En 1885, des billets de 50 et de 10 dinars élargissent les possibilités d’utilisation ; le 10 dinars payable en argent joue un rôle particulièrement important.

Les recherches fondées sur les archives de la banque et sur la mission du spécialiste belge Charles Boschmans éclairent ce problème très concret. Le défi ne se résume pas à persuader une population attachée au métal : les grosses coupures sont simplement mal adaptées à beaucoup de paiements. Donner au billet une place dans la vie courante suppose de combiner confiance, disponibilité et bonne échelle des valeurs.

Les mentions « payable en or » ou « payable en argent » n’annoncent pas que le billet est lui-même composé de métal précieux. Elles renvoient aux engagements de remboursement et au régime d’émission. Les tensions entre espèces d’or, d’argent et papier, étudiées par les historiens de la banque, empêchent de décrire la période comme une parité parfaitement simple et immuable avec les monnaies étrangères.

1 dinar de 1915, type introduit en 1904, au portrait de Pierre Ier.
1 dinar de 1915, type introduit en 1904, au portrait de Pierre Ier. Image redimensionnée et optimisée.Aʀvєδuι (Arvedui89), photographie ; Stefan Schwartz, dessin monétaire · Domaine public · Source et droits

Les changements dynastiques passent aussi par la monnaie. Après les Obrenović, les émissions du règne de Pierre Ier Karađorđević portent une nouvelle effigie. Le dinar d’argent de 1915 présenté ici conserve le nom de l’unité tout en montrant ce changement de souverain : le portrait est un marqueur politique, le métal et la valeur un langage monétaire.

Sources : [5], [6], [7].

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1914–1931 : une banque en exil, puis un dinar partagé

La Première Guerre mondiale éprouve les institutions du royaume. En 1915, la banque est évacuée ; son itinéraire la conduit finalement à Marseille. Elle y poursuit des activités, notamment le change des dinars serbes en francs français. Déplacer une banque ne consiste pas seulement à transporter du métal et des archives : il s’agit de préserver une capacité de paiement quand l’administration et une partie de la population se trouvent loin du pays.

En 1918 naît le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Réunir des territoires auparavant rattachés à plusieurs États impose de réunir aussi leurs monnaies. La couronne austro-hongroise et le dinar appartiennent à des habitudes comptables différentes. Les billets dits dinar-couronne matérialisent la transition : un même papier affiche deux valeurs, à raison de quatre couronnes pour un dinar.

100 dinars / 400 couronnes, émission datée de 1919 : deux unités sur le même billet.
100 dinars / 400 couronnes, émission datée de 1919 : deux unités sur le même billet. Image redimensionnée et optimisée.Ministry of finances of the Kingdom of SHS · Domaine public · Source et droits

Le billet illustré, daté de 1919, porte ainsi 100 dinars et 400 couronnes. Cette double indication est un outil de passage entre deux systèmes. Elle ne prouve pas l’équivalence historique de tous les pouvoirs d’achat : elle exprime le rapport retenu dans l’unification monétaire. Pour un lecteur de billet ancien, la surcharge compte autant que le chiffre principal.

En 1920, l’ancienne banque serbe devient la Banque nationale du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Le nom du royaume change en 1929 pour devenir Yougoslavie. Les dinars de cette période sont donc une monnaie commune ; les qualifier rétrospectivement de simples billets nationaux serbes ferait disparaître leur cadre politique et leur public.

10 dinars daté de 1920, Banque nationale du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes.
10 dinars daté de 1920, Banque nationale du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Image redimensionnée et optimisée.National Numismatic Collection, National Museum of American History (Smithsonian Institution) ; image Godot13 ; American Bank Note Company · Domaine public · Source et droits

La stabilisation des années 1920 et la tentative de convertibilité en or de 1931 appartiennent à cette histoire partagée. La crise financière internationale entraîne rapidement de nouvelles restrictions. Ici encore, une proclamation juridique et la durée réelle d’un régime monétaire doivent être distinguées.

Sources : [5], [6], [8].

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Topčider : fabriquer la monnaie à Belgrade

Au début de l’histoire du billet serbe, l’impression est réalisée à l’étranger, notamment en Belgique et en France. La construction d’un établissement national de fabrication change cette dépendance. À Topčider, à Belgrade, les travaux commencent en 1927 ; l’édifice est achevé en 1929 et l’imprimerie entre en activité en décembre de cette année. Les premières fabrications se déploient ensuite dans les années 1930.

Le projet rassemble des métiers qui doivent travailler ensemble : dessinateurs, graveurs, imprimeurs, spécialistes des papiers, techniciens et contrôleurs. Sur un billet, la finesse d’un portrait et la régularité d’un motif participent à la fois à l’esthétique et à la difficulté de reproduction. La fabrication monétaire est un art appliqué soumis à une obligation industrielle de répétition exacte.

L’atelier de frappe est construit en 1937 et produit ses premières pièces en 1938. Il faut donc distinguer l’ouverture de l’imprimerie et celle de la fabrication métallique. Ces dates expliquent pourquoi la création d’un institut ne signifie pas qu’il maîtrise immédiatement tous les supports monétaires.

Topčider demeure au cœur de la fabrication des billets et pièces de la Banque nationale de Serbie. Cette continuité technique traverse les changements de nom et de régime. Elle offre un autre fil conducteur que celui des crises : celui de compétences transmises, de machines renouvelées et d’une culture de précision.

Sources : [9], [10].

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1941–1966 : occupation, reconstruction, nouvelle échelle

L’invasion et le démembrement de la Yougoslavie en 1941 fragmentent de nouveau l’espace monétaire. La banque du royaume poursuit ses activités en exil, tandis qu’une Banque nationale serbe est établie dans la Serbie occupée. Elle remplace les dinars yougoslaves par des dinars serbes dans sa zone d’émission. Cette institution d’occupation ne doit pas être présentée comme une simple renaissance de la banque souveraine du XIXe siècle.

100 dinars de 1941, un document de la Serbie occupée ; photographie de collection.
100 dinars de 1941, un document de la Serbie occupée ; photographie de collection. Image redimensionnée et optimisée.Matabr060 · CC BY-SA 4.0 · Source et droits

Le 100 dinars de 1941 présenté ici réemploie un dessin antérieur avec une surcharge d’émetteur. Ce procédé rend la rupture immédiatement visible sans exiger la création complète d’un nouveau billet. Pour identifier un tel objet, il faut lire la surcharge et le contexte, et non se fier uniquement à l’apparence générale de la vignette.

Après la guerre, le dinar redevient yougoslave dans un État fédéral socialiste. La banque est nationalisée en 1946. L’imagerie du travail, de l’agriculture et de l’industrie prend une place importante sur les billets. Les devises, emblèmes et inscriptions multilingues mettent en scène un projet collectif très différent des portraits dynastiques.

10 dinars au millésime 1965, revers : une émission associée au changement d’échelle appliqué en 1966.
10 dinars au millésime 1965, revers : une émission associée au changement d’échelle appliqué en 1966. Image redimensionnée et optimisée.Narodna Banka Jugoslavije · Domaine public · Source et droits

Le revers du 10 dinars millésimé 1965 montre un paysage industriel. Ce billet appartient à la génération qui accompagne le changement d’échelle appliqué au 1er janvier 1966 : un nouveau dinar vaut cent anciens dinars. Un prix de 1 000 anciens dinars s’écrit alors 10 nouveaux dinars. L’opération simplifie les montants ; elle ne multiplie pas à elle seule ce que le salaire permet d’acheter.

Les billets peuvent porter une date antérieure à leur mise en circulation. Dans un dossier numismatique, le millésime imprimé, la date d’émission effective et celle d’une réforme doivent donc rester trois informations distinctes.

Sources : [5], [11], [12].

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Des zéros par milliards · 1989–1994

À la fin des années 1980, l’inflation accélère dans la Yougoslavie fédérale. Une étude du FMI publiée en 1991 distingue déjà la flambée de la fin de 1989 et le programme de stabilisation engagé en décembre de cette année. Le 1er janvier 1990, un dinar remplace 10 000 dinars précédents. Ce premier épisode ne doit pas être confondu avec l’hyperinflation encore plus extrême de 1992–1994.

La désintégration de l’État, les guerres, les ruptures de production et de commerce, les sanctions internationales et le financement monétaire des déficits se combinent ensuite. Le dinar de la République fédérale de Yougoslavie, composée à partir de 1992 de la Serbie et du Monténégro, perd sa capacité à conserver la valeur. Les causes politiques et économiques s’entrecroisent ; réduire l’épisode à une seule explication donnerait un récit trompeur.

500 milliards de dinars, 1993, au portrait de Jovan Jovanović Zmaj : le nombre imprimé témoigne de l’hyperinflation.
500 milliards de dinars, 1993, au portrait de Jovan Jovanović Zmaj : le nombre imprimé témoigne de l’hyperinflation. Image redimensionnée et optimisée.National Bank of Yugoslavia · Domaine public · Source et droits

Le billet de 500 milliards de dinars de 1993 porte le portrait du poète et médecin Jovan Jovanović Zmaj. La dignité de l’effigie demeure tandis que le nombre devient vertigineux. Ce contraste montre combien la qualité graphique d’un billet et sa valeur économique peuvent s’éloigner. Les zéros sont des traces d’une situation vécue, pas les signes d’une richesse immense.

Lorsque les prix évoluent extrêmement vite, attendre pour acheter peut faire perdre une partie de son revenu. La monnaie nationale devient un support que l’on cherche à détenir le moins longtemps possible ; le deutsche mark sert de référence et de réserve de valeur. Les efforts quotidiens pour préserver un salaire ou une pension donnent à cette histoire une dimension plus humaine que le seul classement des records d’inflation.

Le programme associé à Dragoslav Avramović entre en application le 24 janvier 1994 avec le nouveau dinar, initialement ancré au deutsche mark à parité. La stabilisation repose sur un changement du cadre monétaire et financier : retrancher des zéros, sans agir sur les mécanismes qui les font réapparaître, n’aurait pas suffi.

Un nouveau dinar de 1994 : la petite valeur faciale revient avec la stabilisation.
Un nouveau dinar de 1994 : la petite valeur faciale revient avec la stabilisation. Image redimensionnée et optimisée.Narodna Banka Jugoslavije · Domaine public · Source et droits

Le retour d’un billet de valeur faciale 1 résume visuellement ce changement. Il ne reconstitue pas les économies détruites et ne résout pas immédiatement les difficultés du pays. Il permet cependant de rétablir une échelle de prix utilisable. L’arrêt de l’hyperinflation et la reconstruction durable de la confiance sont deux étapes différentes.

Sources : [11], [13], [14], [15].

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2000–2006 : retrouver une signature serbe

Une nouvelle série de billets yougoslaves est introduite entre 2000 et 2002. Elle met en valeur des écrivains, savants, artistes et figures institutionnelles. Le billet de 100 dinars consacré à Nikola Tesla, reproduit ci-dessous, appartient à cette série : il est émis par la Banque nationale de Yougoslavie et ne doit pas être légendé comme un billet NBS de 2003.

100 dinars de 2000, Banque nationale de Yougoslavie : Tesla figure déjà dans la série qui précède celle de la NBS.
100 dinars de 2000, Banque nationale de Yougoslavie : Tesla figure déjà dans la série qui précède celle de la NBS. Image redimensionnée et optimisée.People's Bank of Yugoslavia (S.R.J., Serbia-Montenegro)// Народный банк Югославии · Domaine public · Source et droits

En 2003, lors de la création de l’union d’États de Serbie-et-Monténégro, la banque prend le nom de Banque nationale de Serbie. Elle émet désormais pour la circulation en République de Serbie. Le changement de signature n’attend donc pas la fin de l’union politique en 2006. Les nouvelles émissions reprennent largement le langage graphique précédent, puis l’enrichissent, notamment avec les coupures de 500 et de 2 000 dinars.

Le code international de la devise est aujourd’hui RSD. Le nom demeure dinar, mais cela ne transforme pas les dinars médiévaux, royaux, yougoslaves et contemporains en une seule unité restée inchangée. Dans une collection, l’émetteur et la date sont indispensables pour comprendre ce que signifie une même valeur faciale.

La séparation institutionnelle entre Serbie et Monténégro explique aussi pourquoi le nom d’un ancien État composé ne suffit pas à définir une zone monétaire contemporaine. Le présent dossier suit le dinar serbe et ses antécédents, sans assimiler à RSD toutes les monnaies portant le mot dinar dans les Balkans.

Sources : [1], [5], [16].

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Les billets : une bibliothèque de visages

La série contemporaine propose une manière de raconter le pays à travers les savoirs. Le portrait n’est généralement qu’un point de départ : manuscrits, formules, instruments, bâtiments ou compositions graphiques prolongent la biographie au revers. L’ensemble se lit comme une petite bibliothèque que l’on manipule chaque jour.

Les neuf valeurs de la série contemporaine
DinarsPersonnalitéFil culturel
10Vuk Stefanović KaradžićLangue et écriture
20Petar II Petrović NjegošPoésie et pensée
50Stevan Stojanović MokranjacMusique
100Nikola TeslaÉlectricité et invention
200Nadežda PetrovićPeinture et engagement
500Jovan CvijićGéographie
1 000Đorđe VajfertIndustrie et banque
2 000Milutin MilankovićMathématiques et climat
5 000Slobodan JovanovićDroit et histoire

Le 100 dinars ne se contente pas d’honorer Tesla : la formule de l’unité de densité de flux magnétique inscrit la science dans le dessin même du billet. Le 2 000 dinars associe Milutin Milanković à ses recherches sur les cycles climatiques et à une représentation de ses calculs. Le 200 dinars fait dialoguer Nadežda Petrović peintre et son engagement comme infirmière volontaire pendant la première guerre balkanique.

Le 1 000 dinars ramène le lecteur à l’institution monétaire : Đorđe Vajfert, industriel et ancien gouverneur, est accompagné de références à sa brasserie et à l’intérieur de la banque. Njegoš, figure de l’histoire du Monténégro et de la littérature de langue serbe, rappelle quant à lui que les héritages culturels dépassent les frontières politiques d’aujourd’hui.

Les tailles et couleurs différenciées, le papier, le filigrane, le fil de sécurité et les autres procédés d’authentification ont une fonction pratique. Les portraits deviennent familiers, mais le billet reste aussi un objet industriel protégé contre la contrefaçon. Pour consulter les faces des émissions actuelles, les notices officielles de la NBS sont la référence ; les images historiques de ce dossier sont identifiées par leur propre émetteur et leur date.

Source des valeurs, portraits et motifs : [17] ; liste consultée le 15 octobre 2026.

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Les pièces : le patrimoine au creux de la main

Le dinar est divisé en cent paras, mais la série de pièces courantes décrite par la NBS se concentre sur les valeurs de 1, 2, 5, 10 et 20 dinars. Une subdivision comptable peut subsister sans que des pièces de cette fraction occupent encore une place dans la circulation quotidienne. Les pièces ont leur propre iconographie et ne sont pas simplement des billets devenus ronds.

Les types courants font notamment appel à l’architecture : le bâtiment de la banque pour le dinar, le monastère de Gračanica pour les 2 dinars, celui de Krušedol pour les 5 dinars, le monastère de Studenica pour un type de 10 dinars et l’église Saint-Sava pour un type de 20 dinars. Ces motifs associent une institution moderne et un patrimoine religieux ancien. Les changements d’avers, d’armoiries et de millésimes demandent toutefois une identification précise de chaque émission.

20 dinars de 2006, portrait de Nikola Tesla ; reproduction en noir et blanc.
20 dinars de 2006, portrait de Nikola Tesla ; reproduction en noir et blanc. Image redimensionnée et optimisée.Banque nationale de Serbie / National Bank of Serbia ; photographe non identifié · Domaine public · Source et droits

Les émissions à motif commémoratif introduisent une autre temporalité. La pièce de 20 dinars de 2006 consacrée au 150e anniversaire de la naissance de Tesla inscrit une célébration dans un objet de paiement. Sa reproduction est présentée ici en noir et blanc conformément à l’une des modalités prévues par les règles de la NBS. La couleur de cette illustration ne décrit donc pas celle du métal.

À côté des espèces destinées à circuler, les émissions numismatiques en métaux précieux s’adressent aux collectionneurs et commémorent des événements, des institutions ou des personnalités. La valeur faciale n’y résume ni le prix d’acquisition ni l’intérêt historique. La Banque nationale fait remonter ses émissions commémoratives de l’époque yougoslave à 1968 ; les séries consacrées à Tesla prolongent cette pratique dans la Serbie contemporaine.

De l’argent des mines médiévales à la fabrication de Topčider, la monnaie serbe se découvre ainsi par ses matières autant que par ses nombres. Lire un portrait, identifier une surcharge, comparer deux émetteurs ou reconnaître un monument permet de retrouver les événements derrière un objet familier.

Sources : [1], [18], [19], [20].

POUR POURSUIVRE

Sources et crédits

Les renvois numérotés accompagnent les chapitres. Sources institutionnelles et recherches historiques consultées le 15 octobre 2026. Les images sont conservées localement ; seuls les liens de référence nécessitent une connexion.

  1. NBS — History of money in Serbia
  2. NBS Visitor Centre — Money in the Territory of Serbia
  3. British Museum — Stefan Uroš V, Cattaro, 1355–1371; 1898,1006.9
  4. NBS — 150 years of the Serbian dinar, 12 December 2023
  5. NBS — History of the National Bank of Serbia
  6. NBS / SEEMHN — Serbia/Yugoslavia: from 1884 to 1940 (2014), pp. 291–354
  7. S. Jerković & S. Ilić — Application of Latin Monetary Union Standards and Practice in Serbia (1868–1918), Bulgarian National Bank, 2022
  8. NBS — Balance sheet data of the National Bank 1920–1930, Research Bulletin, March 2022
  9. NBS — Zavod za izradu novčanica i kovanog novca – Topčider
  10. NBS — Cash operations
  11. NBS — Historical timeline (Corporate Social Responsibility Report 2013)
  12. Banka Slovenije — Zgodovina deviznih tečajev 1945–1998
  13. IMF — Yugoslav Inflation and Money, Working Paper 91/50 (1991)
  14. IMF — Federal Republic of Yugoslavia, Country Report 01/07 (2001), economic background
  15. NBS — Econometric analysis of money demand in Serbia
  16. NBS — Banknote series and portraits, 7 June 2016
  17. NBS — Banknotes in circulation
  18. NBS — Coins in circulation
  19. NBS — Decision on Conditions for the Reproduction of Banknotes and Coins, 18/2011
  20. NBS — Law on the National Bank of Serbia, art. 53–55

À propos des illustrations

Les crédits figurent sous chaque image. Les licences libres et les statuts de domaine public indiqués par les collections sont détaillés dans le manifeste des images. La pièce de 2006 est reproduite en noir et blanc selon la décision NBS de 2011 ; les autres images monétaires sont des émissions historiques. Le billet Tesla montré est celui de 2000, et non une émission contemporaine NBS.

Reproductions documentaires ; les proportions des objets ne donnent pas leur taille réelle.