Dinar : un nom traverse les siècles

De l’argent romain à l’or des califats et aux billets nationaux : des filiations, des ruptures, huit histoires.

01 / Une histoire commune

La longue histoire d’un nom

La parenté des mots ne fait pas une monnaie unique. Le récit commun précède huit dossiers nationaux.

Les repères d’une longue traversée

  1. vers 211 av. J.-C.Le denarius d’argent
  2. IVe siècleLe solidus byzantin
  3. 77 H / 696–697Le dinar épigraphique
  4. Xe–XIIe sièclesCalifats et routes de l’or
  5. 1214Le nom en Serbie
  6. 1873–1884Loi, pièces et billets serbes
  7. 1932–1971Les dinars nationaux
  8. 1991–2003Les héritages yougoslaves

L’histoire générale du dinar

De l’argent de Rome à l’or des califats, des routes du Sahara aux billets modernes, un même nom traverse les civilisations. Derrière cette parenté, des systèmes monétaires se transforment, s’interrompent et se réinventent.

Un récit commun qui conduit à huit monnaies indépendantes. Les noms se lisent avec leurs dates ; la parenté linguistique se distingue de la continuité monétaire.

01 · Vers 211 av. J.-C. – IIIe siècle

À Rome, un petit disque d’argent pour un monde en guerre

Le premier ancêtre du dinar n’est pas une pièce d’or. C’est un denier d’argent, né dans une République romaine dont l’avenir reste incertain.

Vers 211 avant notre ère, pendant la deuxième guerre punique, Rome affronte Carthage. Les campagnes militaires exigent des ressources, des approvisionnements et des paiements à grande échelle. C’est dans cette période de réorganisation qu’apparaît le denarius. La date est un repère conventionnel : les spécialistes situent la réforme autour de 212–211, plutôt qu’au jour précis d’une naissance que nous pourrions célébrer. [1]

Son nom signifie une valeur de dix : le denier vaut d’abord dix asses, unités de bronze, et porte souvent un X. Sur les premières séries, la tête casquée de Roma fait face aux Dioscures, les jumeaux cavaliers Castor et Pollux. L’image parle de protection divine, de communauté civique et de victoire. La petite pièce est déjà un récit politique, assez compact pour passer de main en main.

Denier de la République romaine, vers 211–170 av
Denier de la République romaine, vers 211–170 av. J.-C. Argent ; tête casquée de Roma et Dioscures au revers. L’usure fait aussi partie de l’histoire de l’objet.Notice · The Portable Antiquities Scheme, Alex Whitlock, 2020-02-08 22:40:21 · CC BY 2.0 · Image optimisée

Une monnaie qui voyage avec Rome

Le denier accompagne l’expansion de la puissance romaine. Il sert aux soldes, aux règlements et à la constitution de réserves ; il se retrouve loin de son atelier d’origine. Sa diffusion ne signifie pourtant pas que tout l’Empire paie partout de la même façon : monnaies de bronze, pièces locales et autres traditions d’argent continuent d’exister. Une monnaie impériale peut dominer certains paiements sans faire disparaître tous les usages régionaux.

À la fin de la République, les familles de magistrats monétaires utilisent les revers pour rappeler leurs ancêtres et leurs exploits. Puis le portrait du pouvoir vivant s’impose. Sous l’Empire, des noms, des titres, des victoires et des vertus circulent avec les effigies impériales. Pour un habitant qui ne verra jamais l’empereur, une pièce donne à son autorité un visage familier.

Cette longue réussite n’est pas une immobilité. Le poids et la teneur en argent changent ; les altérations deviennent particulièrement sensibles à l’époque impériale. Au IIIe siècle, d’autres émissions, dont la pièce aujourd’hui appelée antoninien, prennent progressivement sa place. Le denier cesse d’être ce qu’il avait été, mais le mot survit à l’objet. C’est cette capacité des noms à durer plus longtemps que les systèmes qui ouvre l’histoire du dinar. [2]

02 · IVe – VIIe siècle

Le nom demeure, les métaux et les empires changent

Entre le denier de la République et le dinar islamique, plusieurs siècles séparent les objets. Les présenter comme les étapes d’une même pièce continuellement transformée serait trompeur. La parenté est d’abord linguistique. Le français denier vient du latin denarius ; d’autres langues en ont gardé des parents, comme l’italien denaro ou l’espagnol dinero. Le nom arabe دينار, dīnār, appartient à cette longue histoire des emprunts, passée par les milieux de contact de l’Orient méditerranéen. Il ne descend pas d’un hypothétique nom de pièce inventé au XXe siècle. [3] [4]

À Constantinople, la force du solidus

Dans l’Antiquité tardive, la référence de l’or romain devient le solidus, instauré sous Constantin au début du IVe siècle. Les souverains de l’Empire romain d’Orient, que nous appelons byzantin, en prolongent la frappe. La pièce d’or au portrait impérial constitue un modèle de prestige et de confiance bien au-delà de Constantinople.

Solidus de Justinien Ier (règne : 527–565), avers
Solidus de Justinien Ier (règne : 527–565), avers. Le portrait impérial de face appartient au langage du pouvoir byzantin. Collection du Metropolitan Museum of Art.Notice · The Metropolitan Museum of Art · CC0 1.0 · Image optimisée

Le solidus de Justinien présenté ici montre un souverain de face, casqué, dans une iconographie qui associe sa personne à la protection de l’Empire. Sur d’autres types byzantins, la croix, les figures impériales et les inscriptions chrétiennes rendent inséparables le métal précieux et l’affirmation du pouvoir. L’État paie ses armées et prélève des impôts ; la pièce circule à l’intérieur de cet ensemble fiscal autant que sur les routes du commerce. [5]

En Iran, un autre langage monétaire

À l’est, les Sassanides disposent d’une tradition différente, dominée par la drachme d’argent. Le roi y apparaît de profil, avec une couronne qui aide souvent à l’identifier. Au revers, un autel du feu, généralement entouré de deux personnages, renvoie à la religion zoroastrienne et à la royauté. Des émissions d’or existent aussi, mais elles ne jouent pas le même rôle quotidien que l’argent. [6]

Drachme d’argent de Khosro II (590–628), atelier de Ram Hormuz selon la notice PAS
Drachme d’argent de Khosro II (590–628), atelier de Ram Hormuz selon la notice PAS. Portrait couronné et autel du feu : deux marques du monde sassanide.Notice · The Portable Antiquities Scheme, Stuart Wyatt · CC BY 2.0 · Image optimisée

Lorsque les conquêtes arabes du VIIe siècle réunissent des territoires auparavant byzantins et sassanides, elles rencontrent donc des monnaies, des ateliers, des ouvriers et des habitudes déjà anciens. Le futur dinar d’or se comprend dans cet héritage multiple : un nom venu de loin, des pratiques orientales et un modèle d’or immédiatement reconnaissable.

03 · VIIe siècle

Les premiers pouvoirs musulmans commencent par adapter

Changer de souverain ne vide pas les marchés de leur monnaie. Les impôts doivent rentrer, les soldats être payés et les transactions se poursuivre. Dans les premières décennies de l’islam, les autorités réemploient des types familiers : des pièces d’inspiration byzantine à l’ouest, des drachmes de tradition sassanide à l’est. Les transformations sont progressives, locales et parfois hésitantes.

Les monnaies dites arabo-sassanides gardent longtemps le portrait royal et l’autel du feu, tout en ajoutant des mentions arabes ou les noms des nouveaux détenteurs du pouvoir. La coexistence d’une image héritée et d’une inscription nouvelle n’est pas une anomalie. Elle montre comment une autorité peut se rendre présente sans rendre immédiatement méconnaissable l’instrument dont les usagers ont besoin. [7]

Un calife debout, avant le règne des inscriptions

Sous Abd al-Malik, calife omeyyade de 685 à 705, certaines monnaies d’or montrent un personnage debout, conventionnellement identifié au calife. Ces émissions de transition des années 690 constituent une étape particulièrement frappante. L’autorité islamique possède encore une représentation humaine sur un type monétaire officiel, avant le choix de pièces entièrement épigraphiques. [9]

Monnaie d’or au type du « calife debout », sous Abd al-Malik, années 690 (type de 74–77 H)
Monnaie d’or au type du « calife debout », sous Abd al-Malik, années 690 (type de 74–77 H). Photographie au British Museum : une étape antérieure aux émissions entièrement épigraphiques.Notice · PHGCOM · Domaine public — abandon des droits par le photographe · Image optimisée

Il faut résister ici à une lecture rétrospective : la monnaie du début de l’islam ne suit pas dès l’origine une formule unique et définitive. Les objets conservés permettent précisément de voir les essais, les emprunts et les abandons. Le changement n’est pas seulement religieux. Il concerne aussi la capacité du centre politique à fixer des signes communs sur un territoire immense.

Le dinar appartient déjà au vocabulaire de l’or avant la réforme finale : le terme figure dans le Coran, en sourate 3, verset 75. Abd al-Malik n’invente donc ni le mot, ni la monnaie d’or. Il donne à une nouvelle émission une forme, des inscriptions et un étalon qui vont devenir des références majeures. [4] [8]

04 · 77 H / 696–697

Abd al-Malik : l’or devient une page écrite

Un changement de quelques centimètres peut annoncer une transformation impériale. Avec le dinar épigraphique, l’écriture occupe l’espace autrefois réservé au souverain.

En l’an 77 de l’hégire, correspondant à 696–697 de l’ère commune, apparaît le type d’or qui sert de jalon à la réforme omeyyade. Le poids théorique est d’environ 4,25 grammes. Ce chiffre est un étalon, pas la promesse que chaque exemplaire conservé pèsera exactement autant. L’usure, la fabrication et l’histoire de chaque objet doivent être prises en compte. [4] [10]

Dinar omeyyade, 79 H / 698–699, or, diamètre d’environ 2,1 cm
Dinar omeyyade, 79 H / 698–699, or, diamètre d’environ 2,1 cm. L’exemplaire du Met (99.35.2386) est postérieur au début de la réforme de 77 H. Fond photographique recadré ; pièce conservée entière.Notice · The Metropolitan Museum of Art · CC0 1.0 · Fond recadré

Le dinar conservé au Metropolitan Museum et reproduit ici est daté de 79 H / 698–699 : il témoigne du système réformé, deux ans après son premier millésime de référence. Il ne faut pas le confondre avec un exemplaire de 77 H. Au centre et sur les marges, des formules de foi et des passages coraniques se répartissent sur les deux faces. La pièce ne propose plus un portrait à reconnaître, mais un texte à lire, à entendre expliquer ou à identifier par sa disposition. [8] [10]

Une souveraineté visible sans effigie

Ce choix accompagne l’affirmation d’un pouvoir installé à Damas, dans un empire où les langues et les traditions administratives sont diverses. Le recours à l’arabe et à des formules religieuses communes produit un signe d’autorité immédiatement distinct des monnaies byzantines. La réforme monétaire s’inscrit dans le même temps historique que d’autres grands programmes omeyyades, dont le Dôme du Rocher à Jérusalem. Elle ne se réduit pas à une amélioration du dessin des pièces. [9]

Le terme « épigraphique » signifie simplement que l’inscription constitue l’essentiel du type. Cela ne veut pas dire que la pièce serait sans image : les lignes, les cercles, le rythme des lettres et la place laissée au vide composent une identité visuelle très forte. Une autorité peut se représenter par un texte aussi puissamment que par un visage.

05 · Regarder et lire une monnaie

Dans l’atelier : graver, frapper, contrôler

Avant de devenir une monnaie, l’or est une matière qu’il faut approvisionner, préparer et contrôler. Un flan, disque destiné à recevoir l’empreinte, est placé entre des coins gravés. La frappe transfère le dessin au métal. Les décentrages, les lettres incomplètes ou les petites irrégularités du contour rappellent que les objets médiévaux ne sortent pas d’une chaîne industrielle moderne.

Le numismate commence par des questions concrètes : que porte chaque face ? Où se trouve la date ? Le nom de l’atelier est-il lisible ? Quels titres accompagnent le nom du souverain ? Une titulature peut reconnaître un calife lointain et citer un prince qui exerce le pouvoir sur place. La pièce devient alors une petite carte des allégeances, sans que cette hiérarchie corresponde toujours à une soumission effective. Les monnaies retrouvées à Nishapur éclairent de cette manière les relations entre califes, dynastes et gouverneurs. [13]

1 · Le métal

Or, argent ou cuivre : le nom d’une unité n’explique pas à lui seul sa matière ni son usage.

2 · La légende

Profession de foi, nom, titre et date : chaque mot occupe une place choisie.

3 · Le contexte

Une trouvaille, un trésor ou une archive complètent ce que la pièce peut dire seule.

Le poids se lit avec autant de prudence que les inscriptions. Une pièce reconnue par son type peut être acceptée au compte dans un contexte et pesée dans un autre. Les balances, les poids et la réputation de certaines émissions appartiennent à l’histoire de la confiance. Un nom commun ne garantit ni un titre métallique identique, ni une équivalence immuable.

Enfin, l’atelier désigne un lieu de production, pas une frontière moderne. Une pièce frappée à Fès, à Almería ou à Bagdad renseigne d’abord sur l’organisation politique de son époque. Lui appliquer d’emblée une nationalité contemporaine ferait disparaître les empires et les réseaux qui lui donnent son sens.

06 · À partir de 750

Les Abbassides : un langage commun dans un monde qui se diversifie

La chute du pouvoir omeyyade en Orient, en 750, ne fait pas disparaître le dinar. Les Abbassides reprennent une grande part du langage épigraphique, tout en donnant à leurs émissions leurs propres agencements. Le centre politique se déplace vers l’Irak ; Bagdad, fondée en 762, devient l’un des grands foyers du pouvoir et des échanges. [12]

Dinar du règne du calife abbasside al-Mahdi, 164 H / 780 selon le catalogue du Met (39.40.127.556)
Dinar du règne du calife abbasside al-Mahdi, 164 H / 780 selon le catalogue du Met (39.40.127.556). La date est inscrite, l’atelier ne l’est pas.Notice · The Metropolitan Museum of Art · CC0 1.0 · Image optimisée

Ce dinar du règne d’al-Mahdi, conservé au Met, porte la date de 164 H / 780 selon le catalogue du musée. Sa lecture est une leçon de méthode : l’année de frappe est inscrite, mais l’atelier n’est pas nommé. L’attribution historique ne consiste donc pas à lire sur la pièce une information qui n’y figure pas. Certaines localisations reposent sur les séries, les comparaisons et les connaissances sur l’administration monétaire. [11]

Quand plusieurs pouvoirs tiennent sur une même face

Dans les siècles suivants, le monde islamique se fragmente politiquement sans abandonner toutes ses conventions communes. Les noms et les titres s’accumulent parfois sur les pièces : calife, souverain régional, héritier ou gouverneur. Les Samanides, Bouyides, Ghaznévides et Seldjoukides participent à cette histoire des émissions et des reconnaissances de pouvoir. Les différences de graphie ou de disposition aident à distinguer des séries qui, au premier regard, se ressemblent. [13]

Ces dinars ne doivent pas être imaginés comme une monnaie unique administrée par une banque centrale médiévale. Les zones de frappe, les rapports entre l’or et l’argent et les conditions d’acceptation évoluent. Une communauté de signes rend les pièces intelligibles ; elle ne supprime pas les différences entre marchés.

Pour le lecteur d’aujourd’hui, c’est l’un des attraits de ces petits objets : ils conservent les noms de pouvoirs que les récits généraux oublient volontiers. Une monnaie peut être une archive durable d’une souveraineté brève, d’un lien revendiqué ou d’un changement d’allégeance.

07 · Xe – XIIe siècle

Les Fatimides : les cercles d’or d’un califat rival

À partir de 909, les Fatimides bâtissent un pouvoir en Afrique du Nord avant de conquérir l’Égypte en 969. Le Caire devient leur capitale au cours de la décennie suivante. Leur califat chiite ismaélien revendique une légitimité concurrente de celle des Abbassides. Cette rivalité se lit aussi sur l’or. [14]

Dinar fatimide d’al-Mustansir, 435 H / 1043–1044 ; la notice du fichier indique 4,11 g
Dinar fatimide d’al-Mustansir, 435 H / 1043–1044 ; la notice du fichier indique 4,11 g. Les cercles organisent la lecture des deux faces.Notice · DrFO.Jr.Tn · Domaine public — abandon des droits par le photographe · Image optimisée

Les dinars fatimides offrent une grande variété de compositions. Sur plusieurs types, les inscriptions se déploient en anneaux concentriques : l’œil suit les cercles avant de déchiffrer les mots. Les noms, les titres et les formules religieuses ne sont pas de simples ornements. Ils inscrivent dans le métal les revendications du pouvoir. L’exemplaire illustré, attribué au règne d’al-Mustansir et daté de 435 H / 1043–1044, permet d’observer cette organisation.

Du trésor du prince aux archives des marchands

La position de l’Égypte relie les échanges méditerranéens aux circulations de la mer Rouge et de l’océan Indien. Les pièces d’or ne racontent cependant pas seulement les profits du grand commerce. Les documents médiévaux conservés dans la Geniza du Caire, rapprochés des trouvailles monétaires, font apparaître loyers, dots, achats immobiliers et règlements marchands. Ils donnent une épaisseur sociale aux montants exprimés en dinars. [16]

Une somme écrite en dinars n’indique pas nécessairement que le paiement s’est effectué avec autant de pièces identiques posées sur une table. La monnaie de compte, les espèces réellement disponibles et les pratiques de règlement doivent être distinguées. Cette précaution évite de faire de chaque contrat la photographie d’une bourse.

Le dinar fatimide est aussi un objet de rencontre. Son prestige et sa circulation ont encouragé des imitations en Méditerranée orientale. La pièce pouvait franchir la limite politique qui séparait ses utilisateurs de l’autorité dont elle portait les signes. Le commerce ne faisait pas disparaître les rivalités ; il permettait à des objets de les traverser. [15] [20]

08 · XIe – XIVe siècle

L’or traverse le Sahara et relie les deux rives

Pour comprendre le dinar du Maghreb, il faut regarder au sud du désert autant qu’au nord de la Méditerranée.

Les routes transsahariennes relient les régions productrices d’or d’Afrique de l’Ouest aux places commerciales du Maghreb. Sijilmassa compte parmi les grands points d’articulation de ces échanges. Le métal passe par des réseaux de marchands et d’intermédiaires ; il ne va pas directement d’une mine à une capitale selon un trajet unique. Le sel, les produits manufacturés et d’autres marchandises participent à ces circulations, qui comprennent aussi le commerce des personnes asservies. [17]

Les sociétés africaines situées au sud du Sahara ne sont pas l’arrière-plan muet d’une histoire méditerranéenne. Elles contrôlent des ressources et des routes, organisent des pouvoirs et négocient les conditions des échanges. Les empires du Ghana puis du Mali appartiennent pleinement à l’histoire de l’or qui alimente les monnayages du nord. Les récits des géographes arabes nous renseignent sur ces relations, mais doivent être lus comme des témoignages situés, parfois fondés sur des informations rapportées. [17]

Dinar almoravide d’Ali ibn Yusuf, Fès, 528 H / 1133–1134
Dinar almoravide d’Ali ibn Yusuf, Fès, 528 H / 1133–1134. Les deux faces donnent à voir l’articulation entre textes centraux et légendes circulaires.Notice · Numismática Pliego · CC BY-SA 3.0 · Image optimisée

Les Almoravides, de l’Afrique du Nord à al-Andalus

Aux XIe et XIIe siècles, le pouvoir almoravide réunit une grande partie du Maghreb occidental et d’al-Andalus. Des ateliers de part et d’autre du détroit frappent des dinars. Celui de Fès, sous Ali ibn Yusuf, illustré ici, porte le millésime 528 H. Les monnaies d’Almería documentées au Musée national des antiquités d’Alger montrent également comment date, atelier, titre et noms dynastiques se répartissent entre le centre et la marge. [18] [19]

Les dinars almoravides circulent au-delà des territoires de leurs émetteurs. Ils deviennent assez familiers dans les royaumes chrétiens de la péninsule Ibérique pour que leur nom dynastique donne les formes morabitino, marabotin et maravedi. La monnaie porte ainsi deux histoires à la fois : celle du pouvoir qui la frappe et celle des langues des usagers qui l’adoptent. [19] [20]

Monnaie d’or almohade de Muhammad al-Nasir (1199–1213), sans date ni atelier nommé
Monnaie d’or almohade de Muhammad al-Nasir (1199–1213), sans date ni atelier nommé. Cataloguée comme dinar, 4,64 g. Le carré est inscrit dans une pièce ronde.Notice · Classical Numismatic Group, Inc. (cngcoins.com) ; dépôt Commons : LouisAragon · CC BY-SA 2.5 · Image optimisée

Les Almohades changent la composition

Les Almohades imposent ensuite une autre identité. Un champ carré inscrit dans une pièce ronde devient l’une des signatures les plus reconnaissables de leur or ; il ne faut pas le confondre avec leurs dirhams d’argent de forme carrée. Le vocabulaire des valeurs et des multiples varie selon les catalogues. L’exemplaire reproduit est catalogué comme un dinar de 4,64 g : cette donnée décrit cet objet, sans définir un poids universel pour toute l’histoire almohade.

Les Mérinides, les Hafsides et les autres pouvoirs du Maghreb prolongent à leur tour les histoires de la frappe d’or, avec leurs titres et leurs centres de production. Le voyage d’Ibn Battuta au XIVe siècle appartient à un monde où des monnaies portent le nom des souverains mérinides de Fès. Derrière le mot « dinar », il faut toujours retrouver un atelier, une date et une autorité. [23] [38]

09 · VIIIe – XVe siècle · histoires parallèles

Des pièces qui franchissent les frontières de la foi

Au British Museum, une monnaie d’or attribuée au roi Offa de Mercie, souverain d’un royaume anglo-saxon au VIIIe siècle, offre un étonnant face-à-face entre latin et arabe. Elle imite un dinar abbasside portant la date 157 H / 773–774, tout en ajoutant OFFA REX. La mention latine est à l’envers par rapport au texte arabe. L’objet montre la force d’un modèle monétaire au-delà de son aire politique. [20]

Il ne prouve pas qu’Offa se soit converti à l’islam. Sa destination précise reste discutée : usage dans les échanges, don ou paiement particulier sont des hypothèses, pas des certitudes. La date copiée est celle du modèle ; elle ne suffit pas à fixer le jour de fabrication de l’imitation. Cette petite pièce est plus intéressante lorsque l’on conserve ses questions que lorsqu’on lui invente une explication définitive.

Sicile et péninsule Ibérique : reprendre un modèle reconnu

En Sicile, les rois normands continuent à frapper des tarì dans la tradition des quarts de dinar antérieurs. Les monnaies du royaume peuvent réunir plusieurs langues et traditions de souveraineté. Dans la péninsule Ibérique, Alphonse VIII de Castille frappe des pièces d’or connues comme morabitinos. Ces emprunts montrent qu’un signe monétaire peut être adopté pour sa familiarité et son utilité sans entraîner l’adhésion à l’ensemble du monde qui l’a produit. [20] [39]

Dans les Balkans, le dinar est d’argent

La Serbie médiévale ouvre une autre branche du récit. La Banque nationale de Serbie signale une première mention documentaire du « dinar serbe » à la fin de 1214, tandis que les premières frappes royales sont attribuées à Radoslav, qui règne de 1227 à 1234. Mention écrite et première émission conservée ne sont pas la même chose. [21]

Dinar d’argent de Stefan Uroš II Milutin (1282–1321), identifié comme tel dans la notice du photographe
Dinar d’argent de Stefan Uroš II Milutin (1282–1321), identifié comme tel dans la notice du photographe. Le Christ trônant inscrit cette branche du dinar dans une iconographie chrétienne.Notice · Sonioa · CC BY-SA 4.0 · Image optimisée

Ces monnaies sont d’argent et s’inscrivent dans les échanges balkaniques et adriatiques, avec des influences byzantines et vénitiennes. Le Christ, un saint protecteur et le souverain peuvent occuper leurs faces. Les mines et les ateliers de Brskovo, Rudnik ou Novo Brdo participent à cette histoire. Sous Dušan, au XIVe siècle, la frappe exprime l’ampleur du pouvoir serbe. Avec la disparition du despotat en 1459, cette tradition médiévale prend fin. Le nom réapparaîtra bien plus tard dans une autre organisation monétaire. [21]

10 · XVe – XVIIIe siècle

Le dinar n’a pas disparu partout au même moment

À l’époque moderne, aucun décret commun ne met fin au dinar dans l’ensemble du monde islamique. Les systèmes changent selon les régions. L’or, l’argent et les monnaies de cuivre prennent des formes et des noms nouveaux, tandis que des unités de compte peuvent survivre à la disparition des pièces qui leur avaient donné naissance.

En Iran, le dinar devient notamment une unité comptable détachée de l’ancienne pièce d’or. Ce déplacement de sens est essentiel : un texte qui compte en dinars ne décrit plus nécessairement le même objet qu’une notice de dinar omeyyade. Les mots monétaires servent à calculer autant qu’à nommer les espèces. [4]

Les nouvelles références de l’or

Dans l’Empire ottoman, le sultani fait partie du nouveau paysage de l’or à partir de la fin du XVe siècle. Les collections de l’Ashmolean conservent ces monnaies dont les inscriptions donnent le nom du sultan et le lieu de frappe. Le maintien de l’arabe et de l’écriture épigraphique n’en fait pas pour autant des dinars omeyyades prolongés à l’identique : les références pondérales, les institutions et les réseaux commerciaux ont changé. [22] [40]

Sultani de Soliman Ier, atelier de Sidrekapsi, 926 H / 1520, or ; la notice CNG indique 3,54 g
Sultani de Soliman Ier, atelier de Sidrekapsi, 926 H / 1520, or ; la notice CNG indique 3,54 g. Une autre unité d’or prend place dans le paysage monétaire de l’époque moderne.Notice · Classical Numismatic Group, Inc. (cngcoins.com) · CC BY-SA 2.5 · Image optimisée

Les territoires du Maghreb connaissent eux aussi des trajectoires différentes. Le Musée de la monnaie de Tunis présente des émissions d’époques hafside, ottomane et husaynide, puis des systèmes dominés par le riyal et le franc. Ce parcours est une succession de réorganisations. Le dinar national tunisien de 1958 ne succédera donc pas directement à une pièce médiévale restée en circulation jusque-là. [23]

Pour saisir la suite, il faut garder ensemble deux idées : le nom conserve un prestige et une mémoire ; l’organisation qui lui donnera de nouveaux usages sera celle des États, des lois monétaires et des banques d’émission modernes.

11 · XIXe siècle – 1918

Le retour d’un nom dans l’âge des États et des banques

Au XIXe siècle, l’unification des monnaies devient un enjeu de construction politique. Des espèces étrangères circulent dans de nombreux territoires ; fixer une unité nationale permet de nommer les prix, d’organiser les paiements publics et de matérialiser la souveraineté. Les pièces portent des souverains, des armoiries et des dénominations qui rendent visible cette nouvelle ambition.

Le laboratoire serbe : trois étapes à distinguer

En Serbie, de nouvelles monnaies de cuivre sont frappées en 1868. Mais cette date ne doit pas être présentée comme celle de la première pièce moderne d’un dinar. La loi de 1873 fait du dinar l’unité nationale ; les premières pièces d’argent correspondantes sont frappées en 1875. Les étapes juridique et matérielle se succèdent. Cette distinction corrige une simplification fréquente des chronologies. [24]

Le choix du nom rappelle une tradition médiévale, mais le système répond aux cadres contemporains. Le dinar est divisé en cent paras. Les nouvelles pièces sont frappées dans des métaux et selon des valeurs organisées par l’État. Cette réapparition relève d’une réappropriation historique, pas du réveil d’une pièce endormie depuis le XVe siècle.

En 1884, la Banque nationale du royaume commence ses activités et émet un billet de 100 dinars payable en or. Le papier introduit une autre manière de représenter la confiance : sa matière vaut peu, son engagement institutionnel vaut beaucoup. Les premières émissions sont fabriquées à l’étranger ; l’histoire nationale des monnaies est aussi une histoire de techniques, de contrats et de collaborations internationales. [25]

La première guerre mondiale bouleverse ensuite les territoires et les institutions. À sa sortie, la formation du royaume des Serbes, Croates et Slovènes ouvre un nouvel espace monétaire. Le dinar y conserve son nom, avant de devenir la monnaie de la Yougoslavie. L’unité qui traverse les nouvelles frontières n’est déjà plus uniquement celle du royaume serbe d’avant-guerre. [33]

12 · 1932–1971

Les nouveaux dinars : choisir un héritage, fonder une monnaie

Au XXe siècle, le dinar revient dans plusieurs pays comme le nom d’une monnaie nationale. Ce retour n’est ni simultané ni organisé par une autorité commune.

En Irak, le dinar est introduit en 1932 dans un pays où la roupie indienne s’était imposée durant la présence britannique. Un conseil monétaire est mis en place avant que les institutions nationales d’émission ne se réorganisent. La monnaie rappelle par son nom un héritage ancien de la région, mais ses billets et son cadre juridique appartiennent bien au XXe siècle. [26]

Irak, 10 dinars, billet portant la date du 16 mars 1932, avec le roi Fayçal Ier
Irak, 10 dinars, billet portant la date du 16 mars 1932, avec le roi Fayçal Ier. La date imprimée précède l’entrée en circulation du dinar en avril : deux événements à distinguer.Notice · Iraq Currency Board ; numérisation : ImAhmedYousif · Domaine public — PD-Iraq · Image optimisée

En Jordanie, le dinar entre en circulation le 1er juillet 1950 et remplace la livre palestinienne, dont l’usage prend fin dans le royaume le 30 septembre. Le nom national s’inscrit dans une construction institutionnelle commencée après l’indépendance de 1946. Ici encore, la chronologie de la souveraineté politique et celle des premiers billets ne coïncident pas exactement. [27]

Indépendances, choix de noms et calendriers distincts

En Tunisie, l’instauration du dinar en 1958 accompagne la création de la Banque centrale et la réorganisation monétaire qui suit l’indépendance. En Algérie, la première série en dinars apparaît en 1964, deux ans après l’indépendance. Les premiers billets algériens montrent paysages, faune, activités artisanales et scènes de travail : le territoire et ses habitants deviennent les sujets d’une monnaie nouvelle. [23] [30]

Au Koweït, le premier dinar entre en circulation le 1er avril 1961, avant l’indépendance de juin. À Bahreïn, la nouvelle monnaie apparaît en 1965, avant l’indépendance de 1971. Dans ces deux cas, les circulations antérieures sont liées à la roupie et aux réseaux du Golfe. Le choix du dinar relève de constructions nationales distinctes, même si les pays partagent un voisinage et certaines références culturelles. [29] [31]

La Libye illustre une autre forme de changement. En 1971, la loi remplace les noms « livre » et « millième » par « dinar » et « dirham », en conservant la valeur de l’unité. L’événement est d’abord un changement légal de dénomination : il ne faut pas lui inventer une conversion qui aurait multiplié ou divisé les avoirs. [32]

Ces dates dessinent une famille de choix, pas la naissance d’une union monétaire. Le même mot peut exprimer une mémoire partagée tout en désignant des monnaies qui ont chacune leur banque émettrice, leur territoire d’usage et leur histoire juridique.

Huit dinars distincts : des dates de fondation, pas celles des derniers billets.
Pays et codeRepère de fondationSubdivision légaleMonnaie précédente ou transition
Algérie
DZD
1964100 centimesFranc algérien [30]
Tunisie
TND
19581 000 millimesFranc tunisien [23]
Libye
LYD
19711 000 dirhamsLivre libyenne, renommée à parité [32]
Jordanie
JOD
19501 000 fils / 100 qirshLivre palestinienne [27]
Koweït
KWD
19611 000 filsRoupie dans les circulations du Golfe [29]
Bahreïn
BHD
19651 000 filsRoupie du Golfe [31]
Irak
IQD
19321 000 filsRoupie indienne [26]
Serbie
RSD
1873 / 2003100 parasFondation moderne en 1873 ; émetteur serbe depuis 2003 [24]

La subdivision légale n’implique pas que toutes les petites coupures circulent effectivement. Les deux dates serbes distinguent la fondation de l’unité moderne et le début des émissions de la Banque nationale de Serbie actuelle. Ce tableau ne donne aucun cours de change.

13 · 1918–2003 et les héritages balkaniques

Les dinars disparus laissent des billets et des mémoires

Le dinar yougoslave a traversé plusieurs régimes : monarchie, fédération socialiste, puis État fédéral réduit à la Serbie et au Monténégro. La permanence du nom peut donner l’illusion d’un instrument stable. Les changements d’émetteur, de définition monétaire et d’apparence des billets montrent une histoire beaucoup plus heurtée. Il faut lire « Yougoslavie » avec sa date, car le territoire et le système politique que le mot désigne ont changé. [33]

Sur les billets socialistes, les scènes de travail, les installations productives et les figures culturelles composent un paysage différent de celui des anciennes émissions royales. La rupture politique se rend visible par le papier. Mais une image peut aussi survivre à plusieurs réformes : un portrait repris ne signifie pas que l’unité soit restée inchangée.

République fédérale de Yougoslavie, 500 milliards de dinars, 1993
République fédérale de Yougoslavie, 500 milliards de dinars, 1993. Le portrait de Jovan Jovanović Zmaj accompagne une valeur faciale devenue témoin de l’hyperinflation.Notice · Banque nationale de Yougoslavie ; notice Commons et source historique NBS · Domaine public — PD-SerbiaGov / ancien PD-SCGGov · Image optimisée

Les zéros qui envahissent le billet

La coupure de 500 milliards de dinars datée de 1993, avec le poète Jovan Jovanović Zmaj, constitue un témoin matériel de l’hyperinflation. Son intérêt n’est pas de faire sourire devant un nombre spectaculaire. Les dénominations devenues immenses montrent la difficulté de régler les achats et de conserver la valeur d’un revenu. La surface du billet enregistre un dérèglement qui touche la vie des ménages. Le nouveau dinar de 1994 appartient à la tentative de stabilisation qui suit. [41] [36]

Le nom se sépare en plusieurs trajectoires

La disparition de l’espace monétaire yougoslave produit des choix différents. La Croatie utilise un dinar provisoire à partir de 1991, puis le remplace par la kuna en 1994. La Macédoine, aujourd’hui Macédoine du Nord, introduit le denar en avril 1992 ; sa forme linguistique est apparentée au nom du dinar, mais son code est MKD et sa monnaie est distincte. En Serbie, les émissions de la Banque nationale de Serbie commencent en 2003 après celles de la Banque nationale de Yougoslavie. [34] [35] [33]

La carte des noms ne suffit donc pas à tracer celle des monnaies. Certains dinars ont disparu, d’autres ont été recréés, un denar demeure sous une autre graphie. C’est exactement le même avertissement que pour l’Antiquité : la continuité d’un mot ne dispense jamais d’examiner les ruptures institutionnelles.

14 · Les dinars contemporains

Huit monnaies, plusieurs façons de raconter un pays

De l’Algérie à l’Irak, du Golfe à la Serbie, les huit dinars réunis dans ce dossier partagent un nom, mais ne sont ni interchangeables ni définis par une quantité commune d’or. Leur valeur ne découle pas du poids d’un dinar médiéval. Leurs subdivisions diffèrent : centimes et paras pour certains, millimes, fils ou dirhams pour d’autres. Même un mot aussi familier que « dirham » peut être ici une subdivision, ailleurs une unité monétaire entière.

Un billet moderne assemble la valeur faciale, le nom de la banque, les signatures, la date ou le type d’émission, les éléments de sécurité et un programme iconographique. C’est ce faisceau d’indices qui permet de l’identifier. Le portrait seul ne suffit pas : plusieurs générations de billets peuvent reprendre une même figure historique.

Serbie, 100 dinars, type au portrait de Nikola Tesla
Serbie, 100 dinars, type au portrait de Nikola Tesla. La relation entre tesla, weber et mètre carré apparaît à côté du savant. La photographie illustre un type, sans attribuer un millésime illisible.Notice · WikiWriter123 ; émetteur : Banque nationale de Serbie · CC BY-SA 4.0 · Image optimisée

De la titulature du souverain au patrimoine national

Le billet serbe de 100 dinars place Nikola Tesla au centre d’un hommage aux sciences. À côté du portrait, une formule rappelle l’unité d’induction magnétique portant son nom. Ce langage associe la monnaie à une contribution scientifique plutôt qu’à la seule personne d’un chef d’État. La Banque nationale a repris Tesla sur plusieurs émissions, yougoslaves puis serbes : une figure culturelle traverse ainsi des cadres monétaires différents. [36]

Les billets jordaniens de la cinquième émission donnent une autre réponse. Les portraits des rois hachémites y inscrivent une mémoire dynastique ; faune, flore et autres motifs accompagnent ce récit national. Le dinar de cette émission entre en circulation en décembre 2022, tandis que les autres valeurs sont mises en circulation selon leur propre calendrier. La date d’une série ne doit pas devenir automatiquement celle de l’introduction de chaque coupure. [37]

Le contraste avec les dinars d’or médiévaux est saisissant, mais il ne faut pas le simplifier. Les premières monnaies islamiques avaient connu des figures humaines ; le papier contemporain ne marque donc pas le « retour » d’une image qui aurait été partout absente pendant treize siècles. Les supports, les institutions et les intentions ont changé.

Le grand voyage du dinar se termine sur cette pluralité. La Rome républicaine a fourni un nom dont les descendants ont suivi plusieurs chemins. Les califats ont fait du dinar d’or un objet majeur de pouvoir et d’échange. Les souverains médiévaux l’ont adapté, les époques modernes ont déplacé ses usages et les États contemporains lui ont donné de nouvelles existences. Les pièces et les billets gardent les traces de ces choix : c’est en les regardant de près que l’on entend le mieux la longue histoire d’un nom.

Quelques clés de lecture

Avers / revers
Les deux faces de la monnaie, nommées selon les conventions de la série et du catalogue.
Atelier
Lieu où la monnaie est frappée ; son nom est parfois inscrit, parfois seulement attribué.
Épigraphique
Dont la composition repose principalement sur les inscriptions.
Flan / coin
Le disque métallique à frapper / l’outil gravé qui transmet l’empreinte.
Titre
Proportion de métal précieux dans un alliage ; à distinguer du poids total.
Monnaie de compte
Unité dans laquelle on exprime un montant, sans qu’une pièce identique existe nécessairement.
H / AH
Année de l’hégire ; l’année lunaire chevauche généralement deux années civiles.

Pour vérifier et poursuivre

Sources et lectures

Les appels numérotés renvoient aux références ci-dessous. Chaque image possède sa propre notice, son crédit et ses conditions de réutilisation. Sources consultées le 15 octobre 2026 ; les attributions incertaines restent signalées dans le récit.

  1. Andrew Burnett, The Roman Provinces, 300 BCE–300 CE, extrait, chapitre « Precious Metal Coinages »Denarius : contexte et datation de la réforme.
  2. Jonathan R. Wood, Matthew Ponting et Kevin Butcher, Mints not Mines: a macroscale investigation of Roman silver coinage, Internet Archaeology 61 (2023), dépôt UCLÉvolution des monnayages d’argent romains.
  3. Dictionnaire de l’Académie française, « denier »Filiation du nom latin dans la langue française.
  4. Philippe Gignoux et Michael L. Bates, « Dinar », Encyclopaedia IranicaHistoire orientale du mot, réforme et monnaies de compte.
  5. Metropolitan Museum, Gold Solidus of Constans II, 04.35.3355Iconographie et rôle fiscal de l’or byzantin.
  6. Nikolaus Schindel, « Sasanian Coinage », Encyclopaedia IranicaDrachmes, portraits, revers et rôle de l’or.
  7. Michael L. Bates, « Arab-Sasanian Coins », Encyclopaedia IranicaÉmissions de transition et maintien de types anciens.
  8. Metropolitan Museum, Dinar, 79 AH / 698–99 CE, 99.35.2386Exemplaire omeyyade reproduit et réforme épigraphique.
  9. Metropolitan Museum, Abd al Malik ibn Marwan, Byzantium and IslamContexte du calife et types figurés de transition.
  10. Metropolitan Museum, Masterpieces from the Department of Islamic Art, notices monétairesLecture des inscriptions et limites des attributions d’atelier.
  11. Metropolitan Museum, Coin, 164 AH / 780 CE, 39.40.127.556Dinar du règne d’al-Mahdi reproduit.
  12. Metropolitan Museum, The Art of the Abbasid Period (750–1258)Bagdad et évolution du pouvoir abbasside.
  13. Metropolitan Museum, Rare Coins from NishapurNoms, ateliers et hiérarchies politiques sur les pièces.
  14. Metropolitan Museum, The Art of the Fatimid Period (909–1171)Afrique du Nord, Égypte, Le Caire et réseaux d’échanges.
  15. Bibliotheca Alexandrina, Antiquities Museum, dinar d’al-Mustansir, Alexandrie, 435 HExemple de référence contemporain du type fatimide illustré ; objet distinct.
  16. Metropolitan Museum, Jerusalem 1000–1400: Every People Under Heaven, catalogueDocuments de la Geniza, dots et règlements en dinars.
  17. Metropolitan Museum, The Trans-Saharan Gold Trade (7th–14th Century)Routes de l’or et pouvoirs africains.
  18. Ali Benbella, Musée national des antiquités d’Alger / Museum With No Frontiers, dinar II.N.268Dinar almoravide d’Almería, 537 H : inscription et atelier.
  19. Musée de Bank Al-Maghrib, Les super-héros du MuséeOr almoravide, marabotins et dynasties du Maghreb.
  20. British Museum, Money Gallery, Room 68, guide de la collectionOffa, morabitino castillan et circulation internationale des pièces.
  21. Banque nationale de Serbie, History of money in SerbiaMention de 1214, Radoslav, mines et fin du monnayage médiéval.
  22. Ashmolean Museum, Heberden Coin Room, HCR17016Sultani de Soliman, Égypte, 943 H : autre exemplaire de référence.
  23. Banque centrale de Tunisie, Musée de la monnaie, CollectionsHafsides, monnaies modernes et instauration du dinar de 1958.
  24. Banque nationale de Serbie, 150 years of the Serbian dinarLa loi de 1873, à distinguer des frappes de 1868 et 1875.
  25. Banque nationale de Serbie, 140 ans de la Banque nationaleDébut des activités en 1884 et organisation de la banque.
  26. Banque centrale d’Irak, نبذة عن نشأة العملة العراقيةRoupie, conseil monétaire et dinar de 1932.
  27. Banque centrale de Jordanie, IntroductionsDinar en 1950 et chronologie des séries de billets.
  28. Banque centrale du Koweït, Introduction — banknotes and coinsUnité monétaire et subdivision en fils.
  29. Banque centrale du Koweït, First IssuePremière circulation le 1er avril 1961.
  30. Banque d’Algérie, Les premiers billets de l’Algérie indépendanteCréation en 1964 et première série.
  31. Banque centrale de Bahreïn, Annual Report 2016Commémoration du premier dinar de 1965.
  32. Libye, loi no 63 de 1971 modifiant la loi bancaire, transcription du texteChangement de nom à valeur égale ; effet au 1er septembre 1971.
  33. Banque nationale de Serbie, History of money in Serbia, sections modernesCadres yougoslaves et émissions serbes depuis 2003.
  34. Banque nationale de Croatie, Numismatic Issues 1994–2014Dinar provisoire de 1991 et kuna de 1994.
  35. Banque des règlements internationaux, discours de la gouverneure Anita Angelovska Bezhoska, 30 years of monetary independenceIndépendance monétaire macédonienne et denar en 1992.
  36. Banque nationale de Serbie, hommage à Nikola Tesla, actualité no 19053Tesla sur les émissions yougoslaves et serbes, nouveau dinar de 1994.
  37. Banque centrale de Jordanie, chronologie de la cinquième émission1 dinar : décembre 2022 ; 20 dinars : mars 2023.
  38. Musée de Bank Al-Maghrib, À la découverte du grand périple d’Ibn BattûtaMonnaies mérinides de Fès au XIVe siècle.
  39. British Museum, Gold 1/4 dinar and a tari of Roger II, notice sur Google Arts & CultureFiliation entre quarts de dinar fatimides et tarì normands.
  40. Stephen Album, A Checklist of Islamic Coins, 3e édition, 2011Terminologie numismatique et sultani ottoman.
  41. Society of Paper Money Collectors, Paper Money, juillet–août 2015, no 298, « Many Yugoslavian notes reflect extreme inflation »Billet de 500 milliards de 1993 et réformes de 1994.